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La polémique Frédéric Mitterrand vue d’une salle des profs.

19 octobre 2009

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L’un des premiers conseils de l’IUFM porte sur cette question : « surtout, cher stagiaire, ne restez jamais seul dans une salle fermée avec un élève, sous n’importe quel prétexte ! » Ce conseil apparaît en même temps que celui de ne pas oublier sa clef, de prendre une assurance ou de se renseigner sur le règlement intérieur de l’endroit où l’on va enseigner.

Alors, cher lecteur, la polémique contre Frédéric Mitterrand, s’il n’avait pas été lancé par Marine le Pen, aurait fait mouche dans les salles des profs et soulève des questions taboues.

Vendredi matin, alors que j’étais en train de faire des photocopies pour préparer mes cours de la journée, un collègue, connaissant l’existence de ce site, m’alpagua pour avoir mon opinion sur les affaires Frédéric Mitterrand. Je m’étais abstenu jusque là d’en parler sur mes blogs, tout simplement parce que je suis assez partagé sur la question et que j’ai du mal à faire part de mes doutes sur un espace public. Sans doute un péché d’orgueil…

Alors que j’exprimais mon opinion, s’engagea entre les collègues présents une discussion assez intéressante. Certains profs de gauche sont très gênés par l’origine frontiste de cette polémique, et ont exprimé leur refus de s’associer à cette charge contre le ministre. Je reste d’ailleurs toujours surpris, si ce livre est si infâme que cela, qu’on n’en parle que maintenant, près de 4 ans après la publication. Pourtant, il semblait évident, vu la teneur du débat, que si ce n’était pas la Marine qui avait tiré la première, mes collègues se seraient engouffrés dans la brèche et auraient participé à l’hallali. Pourquoi, cher lecteur ?

La question centrale fut posée par un de mes collègues : « mais franchement, Mathieu, tu crois que si un enseignant avait affirmé dans un livre qu’il fantasmait sur des gamins, comme le ministre le dit dans son bouquin, voire qu’il passait à l’acte durant ses vacances en Asie, il aurait été défendu comme cela par le président, l’ensemble des ministres et l’UMP ? Tu rêves ! »

Cette évidence, je ne peux la nier. Depuis la fin des années 1980, de nombreux enseignants ont été frappés, à tort ou à raison, d’accusations de pédophilie. Pour les professeurs de lycée, la menace est toujours présente, et d’ailleurs, l‘un des premiers conseils de l’IUFM porte sur cette question : « surtout, cher stagiaire, ne restez jamais seul dans une salle fermée avec un élève, sous n’importe quel prétexte ! » Ce conseil apparaît en même temps que celui de ne pas oublier sa clef, de prendre une assurance ou de se renseigner sur le règlement intérieur de l’endroit où l’on va enseigner.

Pourtant, ces sujets ne sont jamais abordés entre nous, et il s’agit bien d’un des tabous des enseignants. Et là, dans cette discussion, sont revenus les cas des professeurs et des instituteurs traînés dans la boue sans preuves à la fin des années 1990 et au début des années 2000, suite à l’action de Ségolène Royal notamment.

Je n’avais jamais pris conscience du poids de cette menace sur les enseignants, parce que la question n’était jamais venue sur le tapis. En quelques minutes, mes collègues m’assenèrent cette évidence, pourtant inscrite dans mon inconscient de professeur : je veille toujours à ne jamais me retrouver seul avec un ou une élève dans une classe, comme on me l’a appris, machinalement et sans y penser.

Je suis ressorti de cette discussion encore plus troublé que je pouvais l’être auparavant. Progressivement, le débat a dévié sur le cas Polanski, et sur son traitement positif dans les médias. Là encore, un de mes collègues affirma : « si je me tapais une élève de 13 ans, je peux te dire que je me retrouverais au trou aussi sec, même si la gamine consentait, et c’est normal : une gamine de 13 ans ne peut pas consentir. Polanski a pu parcourir tous les pays démocratiques sans être ennuyé avec cette affaire pendant 30 ans… »

Alors, cher lecteur, la polémique contre Frédéric Mitterrand, s’il n’avait pas été lancé par Marine le Pen, aurait fait mouche dans les salles des profs et soulève des questions taboues. On constate que les privilégiés ne le sont pas sur tout…

Un article de Mathieu L

Professeur d’histoire-géographie dans un lycée dit « difficile » du 93.


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