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La tradition française huée par les bobos!

21 octobre 2009

Mireille dernière

Un article de Jean-Gilles Malliarakis.

091020Une semaine vient de s’écouler depuis que, le 14 octobre s’est donnée la dernière représentation, très applaudie au palais Garnier. Ayant éprouvé, de manière imprévue, le vrai bonheur d’y assister, je ne résiste donc pas plus longtemps au désir d’évoquer Mireille. Je tiens d’abord à dire que cet opéra de Charles Gounod, tiré en 1864 du Mirèio provençal de Frédéric Mistral de 1859, prix Nobel de Littérature en 1904, me semble le chef-d’œuvre de ce compositeur de génie.

Le clin d’œil de la circonstance m’est ici donné en parallèle par la nième prétention de l’État central de réformer les collectivités locales sans se rendre compte de la dérision républicaine de toujours parler de « décentralisation » tout en méprisant, en ignorant ou en détruisant les racines.

Une telle coïncidence ne doit pas être tenue pour anodine car, tout en exprimant une très forte identité provençale, Mireille représente une sorte de sommet de l’opéra français. Bien entendu là où je salue la perfection musicale et scénique, les critiques branchés, les serre-files du culturellement correct, y voient « le comble de la ringardise ».

Pensez donc : l’affaire se termine aux Saintes-Maries-de-la-Mer sur les marches d’une église. Et cet édifice suranné demeure curieusement surplombé d’une croix. Les paysans se signent et Vincent en appelle aux « anges du paradis ». Imagine-t-on plus « ringard », que cet étrange amour, celui d’un garçon et d’une fille. Et ils n’hésitent pas à commettre leur attentat contre le préambule de la glorieuse constitution de 1946 proclamant, sans la définir, la laïcité républicaine. Attention aux subventions.

On doit se repentir, sans doute, que le fédéraliste Mistral ait compté, 30 ans plus tard, parmi ses admirateurs, le royaliste Maurras, lui-même félibre. Audace parmi les outrages le programme édité par l’Opéra de Paris ose même imprimer un texte de Léon Daudet, enfant du lieu qui repose impunément encore au cimetière de Saint-Rémy-de-Provence.

On comprend que Renaud Machart du Monde ait cherché à « mettre en garde » comme on dit dans les contre-allées de la société philanthropique, et d’entraide, que le monde nous envie.

Du reste le lecteur attentif aura trouvé, dans le même « programme officiel », un texte compensateur. Attentatoire à l’œuvre, comme on en cultive l’habitude, il est signé par l’éditeur de la gauche caviar, le patron d’Actes Sud. L’incontournable M. Nyssen écrit ainsi, bien tranquillement : « a-t-on lu Mistral ? » pour nous signifier qu’il s’agit d’un écrivaillon de seconde zone, entièrement surfait. M. Nyssen le jour où, d’aventure, vous chercheriez à comprendre l’âme profonde de cette terre de Provence, où vous résidez, et non l’écume de « la région Paca », n’hésitez pas à lire Mireille, disponible en bilingue.

Le 30 août M. Renaud Machart écrivait cependant la vérité dans Le Monde : « Tout le monde attend Nicolas Joël au tournant, à l’Opéra de Paris. Il a eu l’heureux culot de monter Mireille, de Gounod, comble du ringardisme pour les esprits « modernes » qui n’ont peut-être pas assez mis le nez dans la partition remarquable que le nouveau directeur de l’Opéra de Paris met lui-même en scène ».

Mais le soir de la première, on oublie cet « heureux culot ». Le Tout-Paris bien pensant, digne héritier de ses prédécesseurs confrontés à Wagner, trouvait de bon ton de siffler. Et dès le lendemain le même Machart retourne sa petite veste étriquée. Il fustige celui qui, après une très belle réussite au Théâtre du Capitole de Toulouse dont il a contribué à faire (1990-2009), en collaboration avec Michel Plasson [1] (qui en assura la direction musicale de 1968 à 2003), la deuxième scène lyrique française, et la plus remarquable à mes yeux, a pris cet été pour 6 ans la direction de Bastille-Garnier.

Dans la partie de son texte du 16 septembre demeurée accessible on lit tout simplement, sous la plume de M. Machart : « Au Palais Garnier, ‘Mireille’ signe le retour de l’opéra à papa. Malgré une partie musicale quasi parfaite, le premier spectacle du nouveau directeur de l’Opéra de Paris, Nicolas Joël, souffre d’une mise en scène indigne (…) »
Où trouve-t-on l’expression de votre sincérité M. Machart ?
Avec quels petits loups avez-vous donc décidé de crier ?

J’emprunte volontiers à tel autre critique « dans le vent » ce commentaire involontairement grotesque, tellement significatif de notre époque de décadence :

« On voit mal un Olivier Py faire danser la Farandole par ses travestis… encore que, sait-on jamais, le trublion de la mise en scène pourrait apprécier – et détourner, évidemment – le mysticisme de Gounod… Nicolas Joël, en tout cas, assume, crânement même, ces gestes convenus allant de la minauderie à la grandiloquence, cette Farandole de patronage, ce Val d’enfer où l’on ressort le bric-à-brac des vapeurs et des éclairs. Finalement, comme la machine est bien huilée, ça ne fonctionne pas si mal : il raconte et illustre une histoire. »

Mais oui, ma cocotte, ça fonctionne, cette « histoire » : sans minauderie, ni grandiloquence.

Rien n’est plus réaliste, en fait, que le livret de Mireille. On le comparera, au besoin, à toutes ces héroïnes improbables qui font cependant la gloire du Bel canto. Ce drame paysan exerce tout son charme auprès de ceux qui attendent précisément, de l’opéra, autre chose qu’une profanation systématique. J’y trouve la consolation d’une expérience personnelle vécue en quelque 24 déplorables représentations wagnériennes sur 25 à Paris. Et la 25e demanderez-vous ? Elle fut sauvée par la grève des machinistes qui nous a au moins valu il y a deux ans une fort belle version, quasi « concert », de Tannhäuser, mettant en valeur le talent du chef d’orchestre japonais Seiji Ozawa, qui honore l’Institut de France depuis septembre 2008.

Sans doute M. Nicolas Joël n’a-t-il pas besoin pour continuer sa route ni des applaudissements ni de l’enthousiasme éprouvé par un spectateur de mon espèce. Peut-être même estimera-t-on encombrante la sympathie d’un chroniqueur qu’on jugera plus politique que culturel. Quelle horreur : un intellectuel de droite, ose payer sa place. De quel droit ? Et voilà qu’il se permet d’avouer impunément de surcroît son odieux plaisir.

Je veux quand même lui dire toute l’émotion d’avoir retrouvé un sentiment rare et presque inédit. Oui, j’ai passé une des plus intenses soirées musicales depuis bien longtemps, à l’écoute de ce chef-d’œuvre. Je la dois aussi à la direction d’orchestre d’une grande maîtrise de Marc Minkowski, aux interprétations extrêmement brillantes, pour ne pas dire parfaites d’Inva Mulla (Mireille), Charles Castronovo (Vincent), Franck Ferrari (Ourrias), Alain Vernhes (Maître Ramon), Sylvie Brunet (Taven), Anne-Catherine Gillet (Vincenette), Sébastien Droy (Andreloun), Nicolas Cavallier (Maître Ambroise), Amel Brahim-Djelloul (Clémence), Ugo Rabec (le Passeur) et de l’ensemble de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra national de Paris, qu’on doit tous féliciter.

Il a remué en moi, une très ancienne émotion, au plus intime : celle des paysages d’autrefois, « entre Nîmes et Tarascon, et d’Arles au pays gascon », celle des beaux yeux aimés, celle des jours enfuis, celle de la liberté.

Apostilles

  1. En 1980 Michel Plasson dirigeait et enregistrait à Toulouse une féerique interprétation de Mireille dont je ne me lasse pas d’écouter le coffret. Malgré les difficultés actuelles de l’industrie du disque classique, celui-ci a été très heureusement réédité par EMI. Une très belle idée de cadeau pour les fêtes à venir.
3 commentaires leave one →
  1. Pastiche permalink
    25 avril 2012 21:53

    Le socialisme est compatible avec le fascisme

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2012/04/pastiche.html#comments

  2. 17 mai 2012 12:32

    « Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : ‘Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps' » (Evangile selon Saint Matthieu, XXVIII, 18-19).

    Le quarantième jour depuis sa résurrection, Jésus-Christ apparut à ses disciples, et, après leur avoir donné ses dernières instructions, et commandé de prêcher l’Evangile à toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, il leur promit qu’il serait avec eux et avec son Eglise jusqu’à la consommation des siècles, pour la soutenir, la gouverner et la faire triompher de l’enfer et du monde. Il les mena ensuite sur le mont des oliviers, et, étant arrivé à la sommité, il les bénit de sa main adorable, et il quitta la terre en s’élevant au ciel, porté majestueusement sur une nuée lumineuse qui le déroba à leurs yeux.

    Suite :

    http://christroi.over-blog.com/article-31685580.html

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