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La Semaine Sainte, mystère de l’histoire du salut

14 avril 2014

Cristo

Pendant cette semaine nous prenons part

au plus sublime mystère de l’histoire du salut. 

Nous pensons à la Croix et à la Résurrection qui sont inséparables.

 L’oeuvre rédemptrice du Christ ne se termine pas à sa mort,

 mais se prolonge dans la victoire de sa Résurrection.

Bonne Semaine Sainte à tous !

 AVERTISSEMENT :

Pendant la Semaine Sainte

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Crucifix

Prière de Bossuet

O Jésus ! Par la soif ardente

que Vous avez eue sur la Croix,
donnez-moi d’avoir soif de toutes les âmes

et de n’estimer la mienne

Que par la sainte obligation qui m’est imposée

et de n’en négliger aucune.

Je veux les aimer toutes parce

qu’elles sont toutes capables de Vous aimer,

Que c’est Vous qui les avez faites avec cette bienheureuse capacité.

O Dieu, je suis couvert de péchés !… Je n’ai rien pour Vous payer

Tant de dettes, et je ne suis rien ;

mais je Vous présente deux lettres de change qui sont bonnes :

La première est sur l’amère Passion que mon Sauveur

a soufferte pour mon Amour,

Et la seconde est sur la compassion de la très sainte Vierge Marie,

Qui a coopéré à à l’oeuvre de la Rédemption…

Payez-vous, mon Dieu, et appliquez le reste aux âmes du Purgatoire.

AMEN +

 

2 commentaires
  1. 14 avril 2014 12:56

    Posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrûm.
    « Dieu a mis en lui seul l’iniquité de nous tous. » Isa., LIII, 6.

    « Il n’appartient qu’à Dieu de nous parler de ses grandeurs; il n’appartient qu’à Dieu de nous parler aussi de ses bassesses. Pour parler des grandeurs de Dieu, nous ne pouvons jamais avoir des conceptions assez hautes; pour parler de ses humiliations, nous n’oserions jamais en avoir des pensées assez basses ; et dans l’une et dans l’autre de ces deux choses, il faut que Dieu nous prescrive jusqu’où nous devons porter la hardiesse de nos expressions. C’est en suivant cette règle, que je considère aujourd’hui le divin Jésus comme chargé et convaincu de plus de péchés que les plus grands criminels du monde. Le prophète Isaïe l’a dit dans son texte; et c’est pourquoi parlant du Sauveur : « Nous l’avons vu, dit-il, comme un lépreux : » Vidimus eum tanquam leprosum (Isa., LIII, 4.); c’est-à-dire non-seulement comme un homme tout couvert de plaies, mais encore comme un homme tout couvert de crimes, dont la lèpre était la figure. O saint et divin Lépreux ! ô juste et innocent accablé de crimes ! je vous regarderai courbé et humilié sous ce poids honteux, dont vous n’avez été déchargé qu’en portant la peine qui leur était due.

    C’est sur vous, ô Croix salutaire, arbre autrefois infâme, et maintenant adorable, c’est sur vous qu’il a payé toute cette dette; c’est vous qui portez le prix de notre salut, c’est vous qui nous donnez le vrai fruit de vie. O croix, aujourd’hui l’objet de toute l’Eglise, que ne puis-je vous imprimer dans tous les cœurs! remplissez-moi de grandes idées des humiliations de Jésus; et afin que je puisse mieux prêcher ses ignominies, souffrez auparavant que je les adore en me prosternant devant vous et disant : O Crux !

    La plus douce consolation d’un homme de bien affligé, c’est la pensée de son innocence ; et parmi les maux qui l’accablent, au milieu des méchants qui le persécutent, sa conscience lui est un asile. C’est, mes frères, ce sentiment qui soutenait la constance des saints martyrs; et dans ces tourments inouïs qu’une fureur ingénieuse inventait contre eux, quand ils méditaient en eux-mêmes qu’ils souffraient comme chrétiens, c’est-à-dire comme saints et comme innocents, ce doux souvenir » charmait leurs douleurs et répandait dans leurs cœurs et sur leurs visages une sainte et divine joie.

    Jésus, l’innocent Jésus n’a pas joui de cette douceur dans sa passion, et ce qui a été donné à tant de martyrs a manqué au Roi des martyrs. Il est mort, il est mort, et on lui a pour ainsi dire peu à peu arraché la vie avec des violences incroyables ; et parmi tant de honte et tant de tourments, il ne lui est pas permis de se plaindre, ni même de penser en sa conscience qu’on le traite avec injustice. Il est vrai qu’il est innocent à l’égard des hommes ; mais que lui sert de le reconnaître, puisque son Père, d’où il espérait sa consolation, le regarde lui-même comme un criminel ? C’est Dieu même qui a mis sur Jésus-Christ seul les iniquités de tous les hommes : le voilà, cet innocent, cet Agneau sans tache, devenu tout à coup ce bouc d’abomination, chargé des crimes, des impiétés, des blasphèmes de tous les hommes. Ce n’est plus ce Jésus qui disait autrefois si assurément : « Qui de vous me reprendra de péché (Joan., VIII,46) ?» Il n’ose plus parler de son innocence, il est tout honteux devant son Père, il se plaint d’être abandonné ; mais au milieu de ces plaintes, il est contraint de confesser que cet abandonnement est très-équitable. Vous me délaissez, ô mon Dieu ! Eh ! mes péchés l’ont bien mérité : Longe a solute mea verba delictorum meorum (Psal. XXI, 2). C’est en vain que je vous prie de me regarder ; les crimes dont je suis chargé ne permettent pas que vous m’épargniez : Longe a santa mea. Frappez, frappez sur ce, criminel ; punissez mes péchés, c’est-à-dire les péchés des hommes, qui sont véritablement devenus les miens. Ne croyez pas, mes frères, que ce soit ici une vaine idée. Non, le mystère de notre salut n’est pas une fiction, le délaissement de Jésus-Christ n’est pas une invention agréable, cet abandonnement est effectif ; et si vous voulez être convaincus qu’il est traité véritablement comme un criminel, prêtez seulement l’oreille au récit de sa passion douloureuse.

    Le pécheur a mérité par son crime d’être livré aux mains de trois sortes d’ennemis. Le premier ennemi, c’est lui-même ; son premier bourreau, c’est sa conscience : Torqueatur necesse est, sibi seipso tormento (S. August., serm. II in Psal. XXXVI, n. 10). Ce n’est pas assez de lui-même; il faut en second lieu, chrétiens, que les autres créatures soient employées pour venger l’injure de leur Créateur. Mais le comble de sa misère , c’est que Dieu arme contre lui sa main vengeresse et brise une âme criminelle sous le poids intolérable de sa vengeance. O Jésus! ô Jésus! Jésus que je n’oserais plus nommer innocent, puisque je vous vois chargé de plus de crimes que les plus grands malfaiteurs ; on vous va traiter selon vos mérites. Au jardin des Olives, votre Père vous abandonne à vous-même ; vous y êtes tout seul, mais c’est assez pour votre supplice; je vous y vois suer sang et eau. De ce triste jardin, où vous vous êtes si bien tourmenté vous-même, vous tomberez dans les mains des Juifs, qui soulèveront contre vous toute la nature. Enfin vous serez attaché en croix, où Dieu vous montrant sa face irritée, viendra lui-même contre vous avec toutes les terreurs de sa justice et fera passer sur vous tous ses flots. Baissez, baissez la tête ; vous avez voulu être caution, vous avez pris sur vous nos iniquités ; vous en porterez tout le poids, vous paierez tout du long la dette, sans remise, sans miséricorde.

    Il le veut bien, il n’est que trop juste; mais, hélas ! de son chef il ne devait rien ; mais, hélas ! c’est pour vous, c’est pour nous qu’il paie. Joignons-nous ensemble, mes frères, et faisons quelque chose à la décharge de ce pleige innocent et charitable. Eh ! nous n’avons rien à donner, nous sommes entièrement insolvables ; c’est lui seul qui doit tout porter sur ses épaules. Et du moins donnons-lui des larmes, et donnons-lui du moins des soupirs, et laissons-nous du moins attendrir par une charité si bienfaisante. Vous allez [lors de cette Semaine Saine] en entendre l’histoire ; et plût à Dieu, mes frères, qu’elle soit interrompue par nos larmes, qu’elle soit entrecoupée par nos sanglots !

    Jacques-Bénigne Bossuet
    Prêché à Metz vers 1656.

  2. 18 avril 2014 00:15

    Sermon Prêché dans le Carême de 1661, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques

    Jacques Bégnigne Bossuet (1627-1704)

    « Jésus-Christ étendant les bras, nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l’ordre des secrets de Dieu, toute l’économie du salut des hommes, la règle fixe et invariable pour former tous nos jugements, la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs, en un mot un mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Evangile et de toute la théologie chrétienne.

    O croix, que vous donnez de grandes leçons! ô croix, que vous répandez de vives lumières! mais elles sont cachées aux sages du siècle; nul ne vous pénètre qu’il ne vous révère, nul ne VOUS entend qu’il ne vous adore; le degré pour arriver à la connaissance, c’est une vénération religieuse. Je vous la rends de tout mon cœur, ô croix de Jésus, en l’honneur de celui qui vous a consacrée par son supplice, dont le sang, les opprobres et l’ignominie vous rendent digne d’un culte et d’une adoration éternelle. Joignons-nous, âmes saintes, dans cette pensée et disons avec l’Eglise : O Crux, ave !

    Si le pontife de l’Ancien Testament, lorsqu’il paraissait devant Dieu, devait porter sur sa poitrine, comme dit le Saint-Esprit dans l’Exode, « la doctrine et la vérité (Exod., XXVIII, 30), » dans des figures mystérieuses, à plus forte raison le Sauveur, qui est la fin de la loi et le Pontife de la nouvelle alliance, ayant toujours imprimées sur sa personne sacrée la doctrine et la vérité, par l’exemple de sa sainte vie et par ses actions irrépréhensibles, les doit porter aujourd’hui d’une manière bien plus efficace dans le sacrifice de la croix, où il se présente à son Père pour commencer véritablement les fonctions de son sacerdoce. Approchons donc avec foi, chrétiens, et contemplons attentivement ce grand spectacle de la croix, pour voir la doctrine et la vérité gravées sur le corps de notre Pontife en autant de caractères qu’il a de blessures, et tirer tous les principes de notre science de sa passion douloureuse.

    Mais pour apprendre avec méthode cette science divine, considérons en notre Sauveur ce qu’il a perdu dans sa passion, ce qu’il a acheté, ce qu’il a conquis. Car il a dû y perdre quelque chose, parce que c’était un sacrifice; il a dû y acheter quelque chose, parce que c’était un mystère de rédemption ; il a dû y conquérir quelque chose, parce que c’était un combat. Et pour accomplir ces trois choses, je dis qu’il se perd lui-même, qu’il achète les âmes, qu’il gagne le ciel. Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis, c’est ce qui consomme la vérité de son sacrifice ; en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange, c’est ce qui achève le mystère de la rédemption; mais ces âmes qu’il a rachetées de l’enfer, il les veut placer dans le ciel eu surmontant les oppositions de la justice divine qui les en empêche, et c’est le sujet de son combat. Ainsi vous voyez et) peu de paroles toute l’économie de notre salut dans le mystère de cette journée. Mais qu’apprendrons-nous pour régler nos mœurs dans cet admirable spectacle? Tout ce qui nous est nécessaire pour notre conduite : nous apprendrons à perdre avec joie ce que Jésus-Christ a perdu, c’est-à-dire les biens périssables; à conserver précieusement ce que Jésus-Christ a acheté, vous entendez bien que ce sont nos âmes; à désirer avec ardeur ce que Jésus-Christ nous a conquis par tant de travaux, et je vous ai dit que c’était le ciel.

    C’est pourquoi son supplice, quoique très-cruel, est encore beaucoup plus infâme. Sa croix est un mystère de douleurs, mais encore plus d’opprobres et d’ignominies. Aussi l’Apôtre nous dit « qu’il a souffert la croix en méprisant la honte et l’ignominie : » Sustinuit crucem confusione contemptâ (Hebr., XII, 2), et il semble même réduire tout le mystère de sa passion à cette ignominie, lorsqu’il ajoute que Moïse jugea que «l’ignominie de Jésus-Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Egypte : » Majores divitias œstimans thesauro Aegyptiorum, improperium Christi (Ibid., XI, 26.). Rien de plus infâme que le supplice de la croix ; mais comme l’infamie en était commune à tous ceux qui étaient à la croix, remarquons principalement cette dérision qui le suit depuis le commencement jusqu’à l’horreur de sa croix.

    C’est une chose inouïe que la cruauté et la risée se joignent ensemble dans toute leur force, parce que l’horreur du sang répandu remplit l’âme d’images funestes qui répriment l’emportement de cette joie maligne dont se forme la moquerie, et l’empêche de se produire dans toute son étendue. Mais il ne faut pas s’étonner si le contraire arrive en ce jour, puisque l’enfer vomit son venin, et que les démons sont comme les âmes qui produisent tous les mouvements que nous voyons.

    Tous ces esprits rebelles sont nécessairement cruels et Moqueurs : cruels, parce qu’ils sont envieux ; moqueurs, parce qu’ils sont superbes. Car on voit assez, sans que je le dise, que l’exercice, le plaisir de l’envie, c’est la cruauté ; et que le triomphe de l’orgueil, c’est la moquerie. C’est pourquoi en cette journée où règnent les esprits moqueurs et cruels, il se fait un si étrange assemblage de dérision et de cruauté, qu’on ne sait presque laquelle y domine. Et toutefois la risée l’emporte, parce qu’étant l’effet de l’orgueil qui règne dans ces esprits malheureux, au jour de leur puissance et de leur triomphe ils auront voulu donner la première place à leur inclination dominante. Aussi était-ce le dessein de Notre-Seigneur que ce fût un mystère d’ignominie, parce que la dérision et se fait un sujet de risée d’une extrémité déplorable. Mais aujourd’hui l’enfer vomit son venin, et les démons sont les âmes qui produisent… c’était l’honneur du monde qu’il entreprenait à la croix, comme son ennemi capital ; et il est aisé de connaître que c’est la dérision qui prévaut dans l’esprit des Juifs, puisque c’est elle quia inventé la plus grande partie des supplices. J’avoue qu’ils sont cruels et sanguinaires; mais ils se jouent dans leur cruauté, ou plutôt la cruauté est leur jeu.

    Il le fallait de la sorte, afin que le Fils de Dieu « fût soûlé d’opprobres, » comme l’avait prédit le prophète (Thren., III, 30); il fallait que le Roi de gloire fût tourné en ridicule de toutes manières, par ce roseau, par cette couronne et par cette pourpre. Il fallait pousser la raillerie jusque sur la croix, insulter à sa misère jusque dans les approches de la mort, enfin inventer pour l’amour de lui une nouvelle espèce de comédie dont la catastrophe fût toute sanglante.

    Que si l’ignominie de Notre-Seigneur c’est la principale partie de sa passion, c’est celle par conséquent dont il y a plus d’obligation de se revêtir. Exeamus igitur ad eum extra castra, improperium ejus portantes. Et toutefois, chrétiens, c’est celle qu’on veut toujours retrancher; dans les plus grandes disgrâces on est à demi consolé, quand on peut sauver l’honneur et les apparences. Mais qu’est-ce que cet honneur, sinon une opinion mal fondée ? et cette opinion trompeuse ne s’évanouira-t-elle jamais en fumée, en présence des décisions claires et formelles que prononce Jésus-Christ en croix? Nous sommes convenus, Messieurs, que le Fils de Dieu a pesé les choses dans une juste balance ; mais il n’est plus question de délibérer, nous avons pris sur nous toute cette dérision et tous ces opprobres, nous avons été baptisés dans cette infamie : In morte ipsius baptizati sumus (Rom., VI, 3). Or sa mort est le mystère d’infamie, nous l’avons dit. Eh quoi! tant d’opprobres, tant d’ignominies, tant d’étranges dérisions, dans lesquelles nous sommes plongés dans le saint baptême, ne seront-elles pas capables d’étouffer en nous ces délicatesses d’honneur! Non, il règne parmi les fidèles ; cette idole s’est érigée sur les débris de toutes les autres, dont la croix a renversé les autels. Nous lui offrons de l’encens; bien plus, on renouvelle pour l’amour de lui les sacrifices cruels de ces anciennes idoles qu’on ne pouvait contenter que par des victimes humaines ; et les chrétiens sont si malheureux que de chercher encore de vaines couleurs, pour rendre à cette idole trompeuse l’éclat que lui a ravi le sang de Jésus. On invente des raisons plausibles et des prétextes artificieux pour excuser les usurpations de ce tyran, et même pour autoriser jusqu’à ses dernières violences; tant la discipline est corrompue, tant le sentiment de la croix est éteint et aboli parmi nous. Chrétiens, lisons notre livre ; que la croix de notre Sauveur dissipe aujourd’hui ces illusions ; ne sacrifions plus à l’honneur du monde, et ne vendons pas à Satan, pour si peu de chose, nos âmes qui sont rachetées par un si grand prix. »

    AMEN +

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