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Fête du Jeudi de l’Ascension

30 mai 2019

« Je m’en vais  préparer vos places. »

(Jean XIV, 2).

« Jésus notre avant-coureur est entré pour nous au dedans du voile,

c’est-à-dire au ciel,

fait Pontife éternellement selon l’ordre de Melchisédech. »

 (Epitre aux Hebreux, VI, 20).

 

SERMON  POUR
L’ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR
JÉSUS-CHRIST.

Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704)

Prêché vers 1656, à Metz, chez les Nouvelles Catholiques.

« Vos intérêts sont de telle sorte liés avec ceux de notre nature, qu’il ne s’accomplit rien en votre personne qui ne tourne à l’avantage du genre humain. Vous ne montez au ciel que pour nous en ouvrir le passage : « Je m’en vais, dites-vous, préparer vos places. »(Jean XIV, 2). C’est pourquoi votre apôtre saint Paul ne craint pas de vous appeler notre « Avant-coureur » (Epitre aux Hebreux, VI, 20), et de dire que vous entrez pour nous dans le ciel ; tellement que si nous savons comprendre vos intentions, vous ne frustrez aujourd’hui notre vue que pour accroître notre espérance.

Et en effet considérons quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd’hui dans le ciel N’est-ce pas qu’on y reçoit Jésus-Christ comme un conquérant ?

Mais c’est nous qui sommes sa conquête, et c’est de nos ennemis qu’il triomphe. Toute la Cour céleste accourt au-devant de Jésus; on publie ses louanges et ses victoires ; on chante qu’il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d’Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur, eh ! quelle est donc notre gloire, mes Sœurs, puisque le salut et la délivrance des hommes fait non-seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même? Réjouissons-nous, mortels misérables, et ne respirons plus que les choses célestes. La divinité de Jésus, toujours immuable dans sa grandeur, n’a jamais été abaissée, et par conséquent ce n’est pas la divinité qui est aujourd’hui établie en gloire. Car elle n’a jamais rien perdu de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c’est elle qui est élevée aujourd’hui ; et si Jésus est couronné en ce jour illustre, c’est notre nature qui est couronnée, c’est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbent. « Celui qui est descendu , dit saint Paul, c’est lui-même qui est monté. » (Ephes., IV, 10). Celui qui était si petit sur la terre est infiniment relevé dans le ciel, et par la puissance de Dieu sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse.

[…]

Mais le Seigneur Jésus n’est pas seulement un Roi puissant et victorieux, il est le grand Sacrificateur du peuple fidèle et le Pontife de la nouvelle alliance. Et de là vient qu’il nous est figuré dans les Ecritures en la personne de Melchisédech, qui était tout ensemble et roi et pontife. Or cette qualité de Pontife, qui est le principal ornement de notre Sauveur en qualité d’homme, l’obligeait encore plus que sa royauté à se rendre auprès de son Père, pour y traiter les affaires des hommes, dont il est établi le Médiateur.

[…]

Admirons donc maintenant, l’excellence de la religion chrétienne par l’éminente dignité de son sacerdoce. Le pontife du Vieux Testament, avant que d’entrer dans le Saint des saints, offrait des sacrifices pour ses péchés et pour les péchés de son peuple ; après étant au dedans du voile, il continuait la même prière pour ses péchés et pour ceux des Israélites. Jésus-Christ Notre-Seigneur, notre vrai Pontife, étant la justice et la sainteté même, n’a que faire de victime pour ses péchés ; mais au contraire étant innocent et sans tache, il est lui-même une très-digne hostie pour l’expiation des péchés du monde. Si donc il entre aujourd’hui dans le Saint des saints, c’est-à-dire à la droite du Père, il n’y entre pas pour lui-même, ce n’est pas pour lui-même qu’il y va prier. C’est pourquoi l’Apôtre dit dans mon texte : « Jésus notre Avant-coureur est entré pour nous » il veut dire, le pontife de la loi ancienne avait besoin d’offrir pour lui-même, et d’entrer pour lui-même dans le sanctuaire; mais Jésus notre vrai Pontife est entré pour nous. Et quoi donc ! Jésus-Christ Notre-Seigneur n’est-il pas monté dans le ciel pour y recevoir la couronne ? Comment donc n’y est-il pas entré pour lui-même? Et toutefois l’Apôtre nous dit : « Jésus notre Avant-coureur est entré pour nous. » (Epitre aux Hebreux, VI, 20).

Entendons son raisonnement, chrétiens. Jésus n’avait que faire de sang pour entrer au ciel. Il était lui-même du ciel, et le ciel lui était dû de droit naturel. Et toutefois il y est entré par son sang ; il n’est monté au ciel qu’après qu’il est mort sur la croix. Ce n’est donc pas pour lui-même qu’il y est entré de la sorte. C’était nous, c’était nous qui avions besoin de sang pour entrer au ciel, parce qu’étant pécheurs, nous étions coupables de mort ; notre sang était dû à la rigueur de la vengeance  divine , si Jésus n’eût fait cet aimable échange de son sang pour le nôtre, de sa vie pour la vie des hommes. De là tant de sang répandu dans les sacrifices des Israélites, pour nous signifier ce que dit l’Apôtre : « Que sans l’effusion du sang il n’y a point de rémission. » (Hebr., IX, 22). Et ainsi, quand il entre au ciel par son sang, ce n’est pas pour lui, c’est pour nous qu’il y entre; c’est pour nous qu’il approche du Père éternel. D’où nous voyons une autre différence notable entre le sacrificateur du vieux peuple, et Jésus le Pontife du peuple nouveau. A la vérité le pontife pouvait entrer dans le sanctuaire ; mais outre qu’il en sortait aussitôt, il ne pouvait en ouvrir l’entrée à aucun du peuple : c’est à cause qu’étant pécheur, lui-même il n’était souffert que par grâce dans le Saint des saints ; et n’y étant souffert que par grâce, il ne pouvait acquérir aucun droit au peuple. Mais Jésus, qui a droit naturel d’entrer dans le ciel, y veut encore entrer par son sang. Le droit naturel et le droit acquis. Le premier droit, il le réserve pour lui ; il entre et il demeure éternellement. Le second droit il nous le transfère, avec lui et par lui nous pouvons entrer; par son sang l’accès nous est libre au dedans du voile. De là vient que l’Apôtre l’appelle notre Avant-coureur : « Jésus, dit-il, notre Avant-coureur, est entré pour nous. »

Les évangélistes remarquent qu’au moment que Jésus-Christ expira, « ce voile, dont je vous ai parlé tant de fois, qui était entre le lieu saint et le lieu très-saint, fut déchiré entièrement et de haut en bas. » O merveilleuse suite de nos mystères ! Jésus-Christ étant mort, il n’y a plus de voile. Le pontife le tirait pour entrer ; le sang de Jésus-Christ le déchire. Il n’y en a plus désormais. Le Saint des saints sera découvert. De haut en bas le voile est rompu. Et n’est-ce pas ce que dit l’Apôtre dans sa deuxième Epître aux Corinthiens, chapitre III : « Il y avait un voile, dit-il, devant les yeux du peuple charnel : pour nous qui sommes le peuple spirituel , nous contemplons à face découverte la gloire de Dieu ? »

 

« Il y avait un voile devant les yeux du peuple charnel :

pour nous qui sommes le peuple spirituel ,

nous contemplons à face découverte la gloire de Dieu.»

 

[…]

Nous lisons avec une joie incroyable ces pieuses paroles de l’apôtre saint Jean : « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste. » Nous entendons par la grâce de Dieu la force et l’énergie de ce mot. Nous savons que si l’ambassadeur négocie, si le sacrificateur intercède, l’avocat presse, sollicite et convainc. Par où le disciple bien-aimé veut nous faire entendre que Jésus ne prie pas seulement qu’on nous fasse miséricorde, mais qu’il prouve qu’il nous faut faire miséricorde. Et quelle raison emploie-t-il, ce grand, ce charitable avocat ? Ils vous devaient, mon Père, mais j’ai satisfait; j’ai rendu toute la dette mienne, et je vous ai payé beaucoup plus que vous ne pouviez exiger. Ils méritaient la mort; mais je l’ai soufferte en leur place. Il montre ses plaies ; et le Père se ressouvenant de l’obéissance de ce cher Fils, s’attendrit sur lui, et pour l’amour de lui regarde le genre humain en pitié. C’est ainsi que plaide notre avocat. Car ne vous imaginez pas, chrétiens, qu’il soit nécessaire qu’il parle pour se faire entendre : c’est assez qu’il se présente devant son Père avec ces glorieux caractères. Sitôt qu’il paraît seulement devant lui, sa colère est aussitôt désarmée. C’est pourquoi l’apôtre saint Paul parle ainsi aux Hébreux, chapitre IX : « Jésus-Christ est entré dans le Saint des saints, afin, dit-il, de paraître pour nous devant la face de Dieu. » Il veut dire : Ne craignez point, mortels misérables; Jésus-Christ étant dans le ciel, tout y sera décidé en votre faveur; la seule présence de ce bien-aimé vous rend Dieu propice.

C’est ce que signifie cet agneau de l’Apocalypse qui est devant le trône comme tué. De ce trône, il est écrit en ce même lieu qu’il en sort des foudres et des éclairs, et un effroyable tonnerre. Dieu éternel ! oserons-nous bien approcher? «Approchons, allons au trône de grâce avec confiance» comme dit l’Apôtre. Ce trône dont la majesté nous effraie, voyez que l’Apôtre l’appelle un trône de grâce : approchons et ne craignons pas. Puisque l’Agneau est devant le trône, vivons en repos; les foudres ne viendront pas jusqu’à nous. Sa présence arrête le cours de la vengeance divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde.

[…]

Joignons ensemble ces deux pensées : celui qui est monté pour intercéder, doit descendre à la fin pour juger ; et son jugement sera d’autant plus sévère, que sa miséricorde a été plus grande. Ne dédaignons donc pas la bonté de Dieu, qui nous attend à repentance depuis longtemps : dépouillons les convoitises charnelles, et nourrissons nos âmes de pensées célestes. Eh Dieu ! qu’y a-t-il pour nous sur la terre, puisque notre Pontife nous ouvre le ciel ? Notre avocat, notre médiateur, notre chef, notre intercesseur est au ciel; notre joie, notre amour et notre espérance, notre héritage, notre pays, notre domicile est au ciel ; notre couronne et le lieu de notre repos est au ciel, où Jésus-Christ notre Avant-coureur, entré pour nous dans le Saint des saints avec le Père et son Saint-Esprit, vit et règne aux siècles des siècles. » Amen.

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