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Saint Augustin et le Tractatus Adversos Judaeos : la doctrine du « Verus Israël »

28 août 2019

 

Saint Augustin, Évêque d’Hippone, Docteur de l’Église (354-430)

 

 

I. « L’antijudaïsme théologique » rappelé par saint Augustin

Le « Tractatus Adversos Judaeos » de Saint Augustin (+ 430),  évêque et docteur de l’Eglise, Traité dont nous donnons ici de larges extraits, est l’un des textes de référence – aujourd’hui cependant bien oublié par l’Eglise moderne, notamment depuis le dernier concile où le venin de thèses erronées est venu corrompre la sainte doctrine théologique -, de nature cependant à nous donner les éléments théoriques nécessaires afin de pouvoir penser correctement, sur le plan théologique, le seul qui nous importe, la question de la place, du rôle et de la situation du peuple juif ainsi, en regard, que du peuple chrétien, avant et après la venue de Jésus-Christ.

La thèse de tous les Pères de l’Eglise fut que les Juifs, qui constituèrent le peuple « élu » de l’Eternel, eurent, hélas ! une évidente responsabilité dans la mort de Jésus, d’où l’accusation de « peuple déicide » et de « peuple perfide », qui sera d’ailleurs reprise par la liturgie elle-même le jour du Vendredi Saint, en référence à la déclaration de saint Paul : « Ce sont les Juifs qui ont fait mourir le Seigneur Jésus... » (I Thessalonicens II, 15).

II. Réalité du « déicide »

Or, si le peuple juif est « déicide », toute l’histoire qui suit cet acte terrible, doit être interprétée comme une conséquence de l’événement extraordinaire qui fut perpétré au Golgotha, et doit être expliquée, pour se comprendre faute de quoi elle demeure une authentique énigme, comme participant du « châtiment de Dieu », dont la destruction de Jérusalem en l’an 70 de notre ère, représente sans doute le symbole le plus impressionnant.

L’idée fondamentale, qui présida, dès  lors, à la doctrine de l’Eglise, qui relève du point de vue doctrinal de l’antijudaïsme théologique, est que l’Ancienne Alliance passée par l’Eternel avec les fils d’Israël est devenue aujourd’hui caduque, le bénéfice de cette Alliance étant transférés aux chrétiens qui sont devenus les héritiers de la Nouvelle Alliance, ceci dans la mesure où Jésus a accompli les prophéties de l’Ancien Testament.

« Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ;

il appela Jésus et dit : Tu es le roi des Juifs ? Jésus répondit :

‘‘Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?’’

Pilate répondit : ‘‘Est-ce que je suis Juif, moi ?

Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ?’’

Jésus répondit : ‘‘Mon royaume n’est pas de ce monde.

Si mon royaume était de ce monde,

mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs.

Mais mon royaume n’est pas d’ici.’’

[…] Pilate lui dit : ‘‘Qu’est-ce que la vérité ?’’

Et, sur ce mot, il sortit de nouveau et alla vers les Juifs.

Et il leur dit : ‘‘Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.

Mais c’est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?’’

Alors ils vociférèrent de nouveau, disant : ‘‘Pas lui, mais Barabbas !’’

Or Barabbas était un brigand. Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. »

(Jean 18, 33-36 ; 39-40 ; Jean 19, 1).

III. L’Eglise, est à présent le vrai Israël (« Verus Israël »)

De la sorte, le christianisme reste seul fidèle aux Ecritures anciennes, ce qui a pour conséquence directe que les juifs, qui récusent la messianité de Jésus, perdent leur vocation à l’Alliance, vocation qui revient à l’Eglise, désormais le vrai Israël (Verus Israël) – les critères nationaux s’abolissant en Jésus et l’adhésion à sa Personne unissant tous les peuples et les langues en un nouveau Corps Mystique.

Ceci fut d’ailleurs justement exprimé par Sa Sainteté Pie XII dans son Encyclique Mystici Corporis : « D’abord la mort du Rédempteur a fait succéder le Nouveau Testament à l’Ancienne Loi abolie ; c’est alors que la Loi du Christ, avec ses mystères, ses lois, ses institutions et ses rites, fut sanctionnée pour tout l’univers dans le sang de Jésus-Christ. Car tant que le divin Sauveur prêchait sur un territoire restreint – il n’avait été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël – la Loi et l’Evangile marchaient de concert ; mais sur le gibet de sa mort il annula la loi avec ses prescriptions , il cloua à la Croix le ”chirographe” de l’Ancien Testament, établissant une Nouvelle Alliance dans son sang répandu pour tout le genre humain. “Alors, dit saint Léon le Grand en parlant de la Croix du Seigneur, le passage de la Loi à l’Evangile, de la Synagogue à l’Eglise, des sacrifices nombreux à la Victime unique, se produisit avec tant d’évidence qu’au moment où le Seigneur rendit l’esprit, le voile mystique qui fermait aux regards le fond du temple et son sanctuaire secret, se déchira violemment et brusquement du haut en bas.’’ » [1]

IV. L’Ancienne Alliance du judaïsme mosaïque est abolie

Avec la mort du Christ le rideau du Temple s’est déchiré, l’Alliance ancienne fut abolie et l’Eglise, qui contient tous les peuples, cultures, races et différences sociales, cette Eglise est née de par le côté transpercé du Rédempteur.

En cela les Juifs, de nos jours, ne sont pas nos « frères aînés » comme le prétendait lors de sa visite à la synagogue à Rome en 1986, le Pape Jean-Paul II. Les Juifs sont complices du déicide aussi longtemps qu’ils ne se distancient pas de la culpabilité du Sanhédrin [1], de la culpabilité de leurs pères en reconnaissant la divinité du Christ et en acceptant le baptême.

Saint Paul le rappelle : « La première Loi touchant le sacerdoce est abolie comme impuissante et inutile : parce que la loi ne conduit personne à une parfaite justice ; mais une meilleure espérance, par laquelle nous nous approchons de Dieu, a été substituée en sa place. Et autant qu’il est constant que ce sacerdoce n’a pas été établi sans serment ; (car au lieu que les autres prêtres ont été établis sans serment, celui-ci l’a été avec serment, Dieu lui ayant dit : Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable, que vous serez le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech)  autant est-il vrai que l’Alliance dont Jésus est le médiateur et le garant, est plus parfaite que la première. » (Epître aux Hébreux VII, 19-22).

Ainsi, la Nouvelle Alliance, dernière et la plus parfaite des Alliances contractées entre Dieu et les hommes, ce qui est oublié totalement par les chrétiens modernes fourvoyés dans leur inexacte déférence vis-à-vis de la synagogue, répond à plusieurs impératifs et en premier celui d’adapter le plus parfaitement possible les moyens de conduire les créatures vers la destination céleste qui est la leur. C’est ce que saint Irénée rappelle en ces termes : « Car, comme la Nouvelle Alliance était connue et prédite par les prophètes, Celui qui devait l’établir était prêché lui aussi conformément au bon plaisir du Père : il était manifesté aux hommes de la manière que Dieu voulait, afin que ceux qui mettraient en lui leur confiance puissent progresser sans cesse et, par les diverses Alliances, atteindre à la plénitude achevée du salut. Il n’y a qu’un seul salut et qu’un seul Dieu ; mais pour conduire l’homme à son achèvement, il y a des préceptes multiples, et nombreux sont les degrés qui l’élèvent jusqu’à Dieu. Eh quoi ! A un roi terrestre, qui n’est qu’un homme, il est loisible d’octroyer maintes fois de grands avancements à ses sujets : et il ne serait pas permis à Dieu, tout en demeurant identique à lui-même, de distribuer toujours plus abondamment sa grâce au genre humain et, par des dons toujours plus grands, d’honorer constamment ceux qui lui plaisent ? » [2]

De son côté saint Augustin, comme pour mieux insister encore s’agissant de la mort définitive du judaïsme mosaïque écrit : «Les détails de l’histoire liée aux Alliances font ressortir de façon très intéressante à la fois les principes et la patience dont Dieu a usé pour régler la question du mal et de l’échec de l’homme, et la manière dont il œuvra pour créer chez les siens la foi en ses propres perfections ainsi mises en valeur. Toutefois, les Alliances elles-mêmes témoignent toutes d’un principe directeur ou d’une intervention de Dieu, d’une condition dans laquelle Dieu a placé l’homme, des principes qui en eux-mêmes sont éternellement sanctionnés par Dieu […]. Dans chaque Alliance antérieure, il y eut un échec total et immédiat de la part de l’homme, même si la patience de Dieu supportait cet échec et par grâce permettait la poursuite d’une Alliance où l’homme avait ainsi échoué dès le début. Mais ce qu’il importe de se souvenir, c’est que nous ne voyons aucun exemple du rétablissement d’une Alliance ancienne lorsqu’elle est morte. » [3]

Conclusion

Redisons-le avec force, depuis Jésus-Christ les traditions anciennes sont caduques et vidées de sens, elles sont mortes ! C’est pourquoi le judaïsme contemporain est non seulement porteur d’une grave culpabilité en raison de son accord avec ceux qui exigèrent des romains la mort du Sauveur, mais il est également un rappel de l’actuelle infidélité des Juifs.

On ne saurait être plus direct et précis sur ce sujet où l’on voit une foule de chrétiens sans discernement, s’aligner sur une défense erronée du judaïsme synagogal, refusant que soit prêché l’Evangile aux Juifs, sous prétexte fallacieux et inexact que Dieu les veut tels qu’ils sont. Il importe donc d’y insister en nos temps de confusion théologique, Jésus-Christ, Dieu fait homme, est pour les Juifs aussi le Rédempteur et la seule Voie pour le Salut : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne peut aller au Père si ce n’est par Moi. » (Jean, 14,6).

Notes.

1 – Pie XII, Mystici Corporis, 29 juin 1943.

2 – S. Irénée, Contre les Hérésies, IV, 9.

3 -S. Augustin, A Marcellinus, CXXXVIII, 5, 7.

 

T R A C T A T U S   A D V E R S O S   J U D A E O S

Saint Augustin

Saint Augustin, évêque, docteur de l’Eglise

Le bienheureux apôtre Paul, docteur des Gentils dans la foi et la vérité, nous exhorte à demeurer stables et fermes dans une même croyance, dans la croyance dont il s’est montré le fidèle ministre : en cela, il nous donne un précepte qu’il confirme par un exemple capable de nous effrayer. « Tu vois », nous dit-il, « la sévérité et la bonté de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont tombés; et sa bonté envers toi, si toutefois tu demeures ferme dans cette même bonté ». Il est sûr, qu’en s’exprimant ainsi, il a voulu parler des Juifs pareils aux branches d’olivier, violemment arrachées d’une souche fertile, ils ont été séparés de leurs saints patriarches en raison de leur infidélité : afin que les Gentils fussent, à cause de leur foi, comme un olivier sauvage, greffé sur un olivier fertile, et devinssent participants de la sève à la place des branches naturelles qui en ont été privées.« Mais », dit-il encore, « garde-toi de t’élever par présomption, contre les branches naturelles car, si tu penses t’élever au-dessus d’elles, considère que ce n’est pas toi qui portes la racine, n mais que c’est la racine qui te porte ». Et parce que quelques-uns d’entre les Juifs arrivent au salut, il ajoute : « Autrement, tu seras toi-même retranché comme eux : pour eux, s’ils ne demeurent pas dans leur infidélité, ils seront greffés sur la tige, car Dieu est tout-puissant pour les y enter de nouveau (Rom. XI, 18-23) ». A ceux, au contraire, qui persévèrent dans le mal, s’adresse cette sentence prononcée par l’Eternel : « Les enfants de ce  royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures ; là sera le pleur et le grincement de dents ». Mais aux nations qui persévèrent dans le bien, s’applique ce qui est dit auparavant : « Plusieurs viendront d’orient et d’occident, et prendront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob (Matt. VIII, 12, 11) ». Ainsi, par une juste sévérité de la part de Dieu, l’orgueilleuse infidélité des branches naturelles leur a-t-elle mérité d’être séparées de leur racine, c’est-à-dire des patriarches, tandis que la grâce divine a greffé l’olivier sauvage sur cette racine en récompense de son humble fidélité.

Quand on cite aux Juifs ces passages, ils méprisent à la fois l’Evangile et l’Apôtre: ce que nous leur disons, ils rie l’entendent pas, parce qu’ils ne comprennent point ce qu’ils lisent; car, évidemment, s’ils savaient de qui le Prophète a voulu parler en ce passage « Je l’ai établi pour être la lumière des nations et le salut que j’envoie jusqu’aux extrémités de la terre (Isaïe, XLLX, 6) », ils ne seraient ni assez aveugles, ni assez malades pour ne pas reconnaître, dans le Seigneur Jésus, la lumière et le salut. Si encore ils comprenaient à quels hommes s’applique ce verset prophétique qu’ils chantent inutilement et sans profit pour eux : « Leur voix a éclaté dans toute la terre, et leurs paroles se font entendre jusqu’aux extrémités du monde » (Ps. XVIII, 5) ; ils s’éveilleraient à la voix des apôtres : et verraient que leur parole vient de Dieu. Invoquons donc le témoignage des saintes Ecritures, car elles jouissent, aussi chez eux, d’une grande autorité, et si nous ne pouvons les guérir de leur infidélité en leur offrant ce moyen de salut, nous les convaincrons du moins d’erreur par l’évidence de la vérité.

LES LIVRES DE L’ANCIEN TESTAMENT NOUS CONCERNENT :

NOUS EN OBSERVONS MIEUX LES PRÉCEPTES QUE LES JUIFS

Nous devons d’abord réfuter une erreur commune parmi les Juifs : à les entendre, les livres de l’Ancien Testament ne nous concerneraient en aucune manière, puisque nous observons, non les anciens rites, mais des rites nouveaux. A quoi vous sert la lecture de la Loi et des Prophètes, puisque vous ne voulez point en observer les préceptes ? Voilà ce qu’ils nous disent, parce que nous ne pratiquons pas la circoncision du prépuce sur les enfants mâles; parce que nous mangeons des viandes déclarées immondes par la Loi ; parce que nous n’observons point, d’une manière charnelle, leurs sabbats, leurs néoménies, et leurs jours de fêtes ; parce que nous n’immolons à Dieu aucune victime tirée de nos troupeaux, et que nous ne célébrons point la pâque avec un agneau et des pains azymes ; parce qu’enfin nous négligeons d’autres anciens rites, que l’Apôtre désigne sous le nom générique d’ombres des choses futures. Saint Paul les appelait ainsi, car, de leur temps, ils annonçaient la révélation -des mystères à la connaissance desquels nous avons été appelés, afin que, dégagés des ombres anciennes, nous jouissions de leur pure lumière. Il serait trop long d’engager avec eux une discussion sur chacun de ces points en particulier,de leur faire comprendre comment, en nous dépouillant du vieil homme, nous pratiquons la circoncision sans nous dépouiller de la chair de notre corps; de leur dire que nous apportons, dans nos moeurs, la sévérité qu’ils apportent dans le choix de leurs viandes : en un mot, de leur montrer que nous offrons nos corps à Dieu, comme une hostie vivante, sainte et agréable; qu’au lieu du sang des brutes, nous répandons nos âmes intelligentes en de saints désirs, et que nous sommes purifiés de toute souillure par le sang de Jésus-Christ, comme par le sang d’un agneau sans tache. A cause de la ressemblance de son corps avec un corps de péché, le Sauveur a été figuré parles boucs des anciens sacrifices, et celui qui reconnaît en sa personne la plus grande victime, ne fait point difficulté, en face des branches de la croix, de le considérer comme le taureau de la loi mosaïque. Trouvant en lui notre repos, nous observons véritablement le sabbat, et pour nous la célébration de la nouvelle lune n’est autre chose que la sanctification d’une vie nouvelle : notre pâque, c’est le Christ ; la sincérité et la vérité, voilà nos azymes; le vieux levain ne s’y trouve pas, et s’il y a d’autres mystères figurés par les présages antiques, nous ne nous arrêterons pas maintenant à les expliquer; cela est inutile : nous nous bornerons donc à dire qu’ils ont eu leur perfection en Jésus-Christ, dont le règne n’aura pas de fin. Toutes choses devaient, en effet, se trouver accomplies en Celui qui est venu, non pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour les accomplir (Matt. V, 17).

JÉSUS-CHRIST N’A POINT ABOLI LA LOI EN RAISONNANT :

IL L’A CHANGÉE EN L’ACCOMPLISSANT.

LE CHANGEMENT DES RITES ANCIENS

A ÉTÉ PRÉDIT DANS LES PSAUMES

Jésus-Christ n’a point aboli par le raisonnement les anciens signes des choses futures, mais il les a changés en faisant ce qu’ils prédisaient : car il voulait, pour annoncer que le Christ était déjà venu, des rites différents de ceux qui annonçaient sa venue future. Mais que signifie ce titre : « Pour ce qui doit être changé », placé en tête de certains psaumes que les Juifs ont entre les mains, auxquels ils reconnaissent l’autorité des saintes lettres ? (Le texte de ces mêmes psaumes a trait au Christ.) Evidemment il annonce le changement futur par le Christ de rites que nous savons aujourd’hui, parce que nous le voyons, avoir été changés par lui. De cette manière, le peuple dé Dieu, qui est maintenant le peuple chrétien, n’est point obligé d’observer les lois des temps prophétiques, non qu’elles aient été condamnées, mais parce qu’elles ont subi une transformation. Les mystères prédits par les anciens rites ne devaient point non plus disparaître, mais il fallait que les signes de ces mystères fussent appropriés aux époques diverses auxquelles ils étaient destinés.

[…]

ISAÏE A PRÉDIT QUE DIEU ABANDONNERAIT LES JUIFS

Mais veuillez porter, pendant quelques instants, votre attention sur des passages plus précis que je vais vous citer. Lorsque vous entendez parler du bon Israël, vous dites C’est nous; quand il est question du bon Jacob, vous dites encore : Nous voilà. Et si l’on vous en demande la raison, vous répondez c’est que le patriarche, de qui nous descendons, s’appelait indifféremment Jacob et Israël voilà pourquoi on nous désigne avec justice par le nom de notre père. Vous êtes plongés dans un lourd et profond sommeil; aussi ne voulons-nous point vous insinuer des choses spirituelles qui dépassent les limites de votre intelligence. Nous ne prétendons point maintenant vous apprendre le sens spirituel de ces deux mots, à cause de votre surdité et de votre cécité d’âme. Comme vous l’avouez, en effet, et comme on le voit clairement en lisant le livre de la Genèse, le même homme s’appelait tout à la fois Jacob et Israël; aussi vous glorifiez-vous de ce que la maison de Jacob est en même temps la maison d’Israël.

Expliquez -nous donc ceci : le Prophète annonce d’abord qu’une montagne sera placée sur la cime des monts, et que toutes les nations se dirigeront vers elle, parce que la parole et la loi du Seigneur doivent sortir, non du Sinaï pour éclairer un seul peuple, mais de Sion et de Jérusalem pour illuminer tous les peuples: ce qui a eu lieu évidemment en Jésus-Christ, et pour les chrétiens. Un peu plus loin, le même prophète dit encore : « Et maintenant, ô maison de Jacob, venez : marchons à la lumière du Seigneur ». Selon votre habitude, vous allez certainement dire Nous voilà. Mais arrêtez-vous un peu à ce qui suit : de la sorte vous entendrez ce que vous ne voulez pas entendre, après avoir dit ce que vous vouliez dire. Le prophète ajoute immédiatement ces paroles : « Car il a rejeté son peuple, la maison d’Israël (Isaïe, II, 5, 6.) ». Ici, dites : Nous voilà : ici, reconnaissez-vous, et pardonnez-nous de vous avoir rappelé ces passages. Si, en effet, vous les entendez volontiers, ils serviront à vous attirer : si, au contraire, ils vous irritent, ils tourneront à votre honte.

Consentez-y, n’y consentez pas, il faut que vous les entendiez. Ce n’est pas moi qui vous parle; c’est un prophète dont vous lisez les écrits : par son organe, le Seigneur vous a certainement parlé; sols livre jouit de l’autorité des saintes Ecritures, et vous ne pouvez l’en dépouiller. Suivant le commandement du Seigneur, il crie avec véhémence ; pareil à une trompette, il élève la voix ; il vous réprimande en ces termes (Id. LXVIII, 1) : « Et maintenant, ô maison de Jacob, venez; marchons à la lumière du Seigneur». Dans la personne de vos ancêtres, vous avez mis le Christ à mort. Depuis lors, vous avez refusé de croire en lui vous êtes restés en opposition avec lui; mais vous n’êtes point encore condamnés sans remède, parce que vous n’êtes pas encore sortis de ce monde : vous avez maintenant facilité de vous repentir; venez donc maintenant vous deviez le faire autrefois; faites-le aujourd’hui. Le temps propice n’est pas écoulé pour celui qui n’a pas encore entendu sonner sa dernière heure. Mais si en qualité de maison de Jacob, vous avez suivi le prophète, et qu’à votre sens, vous marchiez dans la lumière du Seigneur, montrez-nous la maison d’Israël qu’il a abandonnée. Pour nous, nous vous montrons, d’une part, ceux que le Seigneur a appelés et séparés de cette maison, et de l’autre, ceux qui ont voulu y rester et qu’il a rejetés. Du milieu d’Israël il a appelé non seulement les Apôtres, mais aussi, après la résurrection du Christ, un peuple immense : nous en avons déjà parlé plus haut; mais il a rejeté ceux dont vous suivez les traces, en refusant de croire; il vous a rejetés vous-mêmes, car, en les imitant, vous persévérez dans le même égarement. Ou bien, si vous êtes vraiment ceux qu’il a appelés, où sont ceux qu’il a rejetés? Vous ne pouvez pas dire qu’il a rejeté une autre maison quelconque, car le Prophète dit clairement : « Il a rejeté son peuple, la maison d’Israël ». Voilà ce que vous êtes, et vous n’êtes pas ce que vous prétendez être.

Il a rejeté aussi la vigne dont il attendait des raisins et qui ne lui a donné que des épines, et il a défendu à ses nuées de laisser tomber sur elle une seule goutte de pluie. Mais il en a aussi appelé d’autres du même lieu, ce sont ceux auxquels il dit : « Jugez entre moi et ma vigne (Isaïe, V, 2-6) ». Le Seigneur parle d’eux en ces termes : « Si c’est par Belzébuth que je chasse les démons, par qui vos enfants les chasseront-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges (Matt. XII, 27) ». Puis il leur fait cette promesse: « Vous serez aussi assis sur douze trônes , et vous jugerez les douze tribus d’Israël (Id. XIX, 28)». La maison de Jacob, qui par fidélité à la vocation divine a marché dans la lumière du Seigneur, s’assoira donc pour juger Israël, c’est-à-dire son peuple abandonné par lui. Comment d’ailleurs peut-il se faire que, selon le même prophète, « la pierre rejetée par ceux qui bâtissaient ait été placée à la tête de l’angle (Isaïe, XXVIII, 16 ; Ps. CXVII, 22) », sinon, parce que des peuples circoncis et des peuples incirconcis , semblables à des murs élevés en sens divers, viennent se réunir dans l’angle comme dans un baiser de paix ? Aussi l’Apôtre dit-il « C’est lui qui est notre paix, et qui, des deux peuples, n’en a fait qu’un (Eph. II, 14) ». Ceux d’entre les enfants de Jacob ou d’Israël qui ont écouté la voix qui les appelait, sont donc adhérents à la pierre angulaire, et marchent dans la lumière du Seigneur; mais ceux qui édifient des ruines et rejettent la pierre angulaire, sont ceux dont le Prophète a prédit l’abandon.

ABANDON DES JUIFS PLUS CLAIREMENT PRÉDIT PAR MALACHIE

      Le sacrifice des chrétiens est offert partout, sur la terre et dans le ciel. Enfin, ô Juifs, voulez-vous compromettre votre salut en résistant au Fils de Dieu, et détourner de leur vrai sens ces paroles prophétiques pour les expliquer suivant les inclinations de votre cœur? Voulez-vous, dis-je, entendre ces paroles en ce sens que la maison de Jacob et d’Israël désigne un même peuple, tout à la fois appelé et rejeté de Dieu, non un peuple dont certains membres auraient été appelés, tandis que les autres auraient été rejetés, mais un peuple appelé dans tous ses membres, pour marcher dans la lumière du Seigneur, après avoir été rejeté pour n’y avoir pas marché : ou bien, une nation, de telle sorte appelée dans les uns et rejetée dans les autres, que nulle division relative au sacrifice du Christ n’ayant eu lieu dans la table du Seigneur, on voit réunis, dans l’observance uniforme des anciens rites, ceux qui marchent dans la lumière du Seigneur et observent ses préceptes, et ceux qui ont méprisé sa justice et mérité d’en être abandonnés? Si vous prétendez interpréter ainsi ces prophéties, que direz-vous? Comment comprendrez-vous cet autre prophète qui vous coupe entièrement la parole, quand il vous adresse ces mots si clairs : « Mon affection n’est point en vous, dit le Seigneur tout-puissant; et je ne recevrai point de sacrifice de votre main, car, depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, mon nom est devenu grand parmi les nations et l’on me sacrifie en tous lieux; et l’on offre à mon nom une ablation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur tout-puissant (Malach. I,10,11 )». A ce témoignage d’une évidence palpable, quel autre témoignage aussi éclatant pouvez-vous opposer? Pourquoi vous élever encore avec une intolérable impudence ? Est-ce que vous n’en périrez pas d’une manière plus malheureuse ? Votre chute n’en sera que plus lourde.

« Mon affection n’est pas en vous, dit », non pas le premier venu, mais « le Seigneur tout-puissant». Toutes les fois que vous entendez parler, d’une manière quelque peu avantageuse, de Jacob ou d’Israël, de la maison de Jacob ou de celle d’Israël, il semblerait, à vous croire, qu’il a été impossible de parler d’autres que de vous. Pourquoi donc vous enorgueillir ainsi d’appartenir à la race d’Abraham, quand le Seigneur tout-puissant vous dit : « Mon affection n’est point en vous, et je ne recevrai pas de sacrifice de votre main? » Certes, vous ne pouvez le nier non-seulement il ne reçoit point de sacrifice de votre main, mais vos mains ne lui en offrent pas même un. D’après la loi de Dieu, l’endroit où vous devez offrir des sacrifices a été formellement désigné : cet endroit est unique, hors de là, tout sacrifice vous est interdit : aussi, parce que vos fautes vous ont mérité d’en être exclus, vous n’osez, nulle part ailleurs, offrir le sacrifice qu’il vous était permis d’offrir en ce seul endroit, et ainsi s’accomplit parfaitement la prédiction du Prophète : « Et je ne recevrai point de sacrifice de votre main ». Car, si dans la Jérusalem terrestre il vous restait un temple et un autel, vous pourriez dire que l’oracle de Malachie a été accompli à l’égard de ceux d’entre vous dont Dieu rejette les sacrifices à cause de leurs iniquités, tandis qu’il accepte les offrandes de ceux qui, parmi vous, observent ses commandements. Aucun motif ne vous autorise à tenir ce langage, puisqu’aucun de vous ne peut offrir de sa main un sacrifice selon la loi donnée sur le mont Sinaï. La prédiction et son accomplissement ne vous permettent pas non plus d’opposer à la sentence du Prophète cette réponse : Nous n’offrons fias de nos mains la chair des animaux, mais nous offrons, de coeur et de bouche, le tribut de nos louanges, selon cette parole du Psalmiste  : « Immolez à Dieu un sacrifice de louange (Ps. XLIX, 14) ». Ici encore, vous êtes démentis par Celui qui a dit : « Mon affection n’est pas en vous ».

Ensuite, de ce que vous n’offrez à Dieu aucun sacrifice, et de ce qu’il n’en reçoit pas de votre main, il ne suit nullement qu’on ne lui en offre aucun. Celui qui n’a besoin d’aucun de nos biens, n’a pas, à la vérité, plus besoin de nos offrandes; elles lui sont inutiles, mais elles nous procurent de grands avantages. Cependant, comme on lui fait de ces offrandes, le Seigneur ajoute ces paroles « Parce que, depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant, mon nom est devenu grand parmi les nations, et l’on me sacrifie en tous lieux, et l’on offre à mon nom une oblation toute pure, car mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur tout-puissant ». A cela que répondrez-vous? Ouvrez donc enfin les yeux et voyez : on offre le sacrifice des chrétiens partout, et non pas en un seul endroit, comme on vous l’avait commandé : on l’offre, non à un Dieu quelconque, mais à Celui quia fait cette prédiction, au Dieu d’Israël. C’est pourquoi il dit ailleurs, en parlant à son Eglise : « Celui qui vous a sauvée, c’est le Dieu d’Israël qui sera appelé le Dieu de toute la terre (Isa. LIV, 5) ». Vous lisez avec soin les Ecritures, parce que vous croyez y trouver la vie (Jean, V, 39). Vous l’y trouveriez, en effet, si vous compreniez qu’il est question du Christ, si elles servaient à vous le faire reconnaître. Mais lisez-les avec plus d’attention encore; elles rendent témoignage de ce sacrifice pur offert au Dieu d’Israël, non par votre seul peuple, des mains duquel il a prédit qu’il n’en accepterait point, mais par toutes les nations qui disent : « Venez, montons à la montagne du Seigneur (Isa. II, 3) » : non en un seul endroit, dans la Jérusalem terrestre, comme cela vous était prescrit, mais par toute la terre et jusque dans la Jérusalem véritable : non selon l’ordre d’Aaron, mais selon l’ordre de Melchisédech, car il a été dit au Christ, et, aussi longtemps d’avance, il a été prédit du Christ: «Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable: Vous êtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech (Ps. CIX, 4.) ». Qu’est-ce à dire : « Le Seigneur a juré », sinon qu’il a affirmé sur son indéfectible vérité? « Et il ne se repentira pas », si ce n’est qu’il ne changera jamais, pour aucun motif, ce sacerdoce? Car Dieu ne se repent pas comme l’homme. On dit que Dieu se repent quand il change une chose établie par lui, et qui paraissait devoir durer. Aussi, lorsqu’il dit: «Il ne se repentira pas: Vous êtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech », il montre suffisamment qu’il s’est repenti, c’est-à-dire, qu’il a voulu changer le sacerdoce établi par lui selon l’ordre d’Aaron. Nous avons sous les yeux  l’accomplissement de la prophétie relative à ces deux sacerdoces : dans aucun temple, en effet, il n’y a plus trace du sacerdoce d’Aaron, et celui du Christ subsiste éternellement dans le ciel.

Le Prophète vous appelle donc à cette lumière du Seigneur lorsqu’il dit : « Et main« tenant, vous, maison de Jacob, venez, marchons dans la lumière du Seigneur : Vous, maison de Jacob », qu’il a appelée et choisie, non pas « vous », qu’il a rejetés. « Car il a rejeté son peuple, la maison d’Israël (Isa. II, 5,6) ». Tous ceux d’entre vous qui voudront venir de cette maison d’Israël , appartiendront à celle que le Seigneur a appelée : ils seront séparés de celle qu’il a rejetée. En effet, la lumière du Seigneur, dans laquelle marchent les nations, est celle dont le même Prophète a parlé en disant : « Voilà que je Vous ai établi pour être la lumière des nations, et le salut que j’envoie jusqu’aux extrémités de la terre (Id. XLIX, 6.) ». A qui ces paroles ont-elles été adressées, si ce n’est au Christ? En qui ont-elles reçu leur accomplissement, si ce n’est dans le Christ? Cette lumière ne se trouve point en vous, car il est encore écrit de vous « Dieu leur a donné, jusqu’à ce jour, un esprit d’assoupissement , des yeux qui ne voient point, et des oreilles qui n’entendent pas (Rom. XI, 8)». Non, dis-je, cette lumière n’est point en vous : aussi, par excès d’aveuglement, vous rejetez la pierre qui est devenue la tête de l’angle. «Approchez-vous donc de lui, afin que vous en soyez éclairés (Ps. XXXIII, 6) ». Qu’est-ce à dire : « Approchez-vous », sinon, croyez; car, pour vous approcher de lui, où irez-vous, puisqu’il est cette pierre dont parle le prophète Daniel, et qui, en grossissant est devenue une montagne si grande, qu’elle a rempli toute la terre (Daniel, II, 35)? De là vient que les nations mêmes qui disent : « Venez, montons à la montagne du Seigneur », ne font nulle part aucun effort pour marcher et parvenir au but : elles montent là où elles se trouvent, car en tout lieu on offre un sacrifice selon l’ordre de Melchisédech ; et, selon ce passage d’un autre prophète : « Dieu anéantit tous les dieux des nations, et il est adoré par tout homme en tout pays (Soph. II, 11) ». Lors donc qu’on vous dit «Approchez-vous de lui », on ne vous dit pas : préparez vos vaisseaux ou vos bêtes de somme, chargez-les de vos victimes, venez d’une contrée si lointaine, et arrivez à l’endroit où le Seigneur agréera les sacrifices offerts par votre piété. Mais on vous dit : Approchez-vous de Celui que vos oreilles entendent annoncer; approchez-vous de Celui dont la gloire éclate à vos yeux : vous ne vous fatiguerez point à marcher, car dès que vous croirez, vous serez près de lui.

AVEC QUELLE CHARITÉ IL FAUT ATTIRER LES JUIFS A LA FOI

       Que les Juifs écoutent volontiers ces divers témoignages, ou qu’ils en ressentent de l’indignation, nous devons, très chers frères, quand nous le pouvons, les leur rappeler en leur montrant que nous les aimons. Ne nous élevons point avec orgueil contre les branches séparées du tronc; souvenons-nous plutôt de la racine sur laquelle nous avons été greffés rappelons-nous par la grâce dé qui, et avec quelle miséricordieuse bonté, et sur quelle racine nous avons été entés . ne nous élevons pas, mais tenons-nous dans l’humilité (Bède ou Florus , sur l’ép. aux Rom. XI). Ne les insultons pas présomptueusement , mais tressaillons d’une joie mêlée de crainte, et disons-leur : « Venez et marchons dans la lumière du Seigneur, parce que son nom est grand parmi les nations (Ps. II, 11) ». S’ils nous entendent et qu’ils nous écoutent, ils auront place parmi ceux à qui il a été dit : « Approchez-vous de lui, et il vous éclairera. Et vos visages ne rougiront point de honte (Rom. XI) ». Si, au contraire, ils nous entendent et ne nous écoutent pas, s’ils nous voient et nous portent envie, ils sont du nombre de ceux dont il a été dit : « Le pécheur verra et il en sera irrité; il grincera des dents et séchera de dépit (Ps. CXI, 10) ». « Pour moi », dit l’Eglise au Christ, «je serai dans la maison du Seigneur comme un olivier qui porte du fruit : j’ai mis mon espérance dans la miséricorde de Dieu pour l’éternité et pour les siècles des siècles (Ps. LI, 10) ».

Traduction de M. l’abbé AUBERT, in Oeuvres complètes de saint Augustin traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Bar-Le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1869, Tome 14,p. 23-32.

Lire :

L’ANTIJUDAÏSME THÉOLOGIQUE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

 

 

17 commentaires leave one →
  1. Libère permalink
    29 août 2019 10:23

    Les paroles de saint Augustin à l’égard des juifs qui ont mis à mort et refusent obstinément le Christ, sont extrêmement sévères : « Du milieu d’Israël il a appelé non seulement les Apôtres, mais aussi, après la résurrection du Christ, un peuple immense : nous en avons déjà parlé plus haut; mais il a rejeté ceux dont vous suivez les traces, en refusant de croire; il vous a rejetés vous-mêmes, car, en les imitant, vous persévérez dans le même égarement. ».

  2. Wendrock permalink
    29 août 2019 23:25

    Merci à La Question de rappeler la doctrine séculaire de l’Eglise. Une doctrine qui est aujourd’hui rejetée et combattue par la même Eglise qui en fit profession pendant près de 20 siècles !

  3. Eloi permalink
    30 août 2019 07:30

    La théologie de la substitution développée par les textes patristiques et notamment saint Augustin, participe de cette idée que l’Église est le verus Israel.

    Cette dénomination de l’Église comme vrai et nouvel Israël s’inscrit dans une une position normative de supériorité sur l’ancien Israël.

    Ainsi, saint Augustin explique la survivance des juifs et leur dispersion comme un témoignage de la validité du Nouveau Testament ; pour Bernard de Clairvaux au XIIe siècle, ils sont la preuve d’un châtiment lié au déicide.

    Nous sommes bien là dans de qui a été enseigné par tous les docteurs et théologiens depuis les premiers siècles du christianisme.

    • Alexander G. permalink
      31 août 2019 15:39

      Benoît XVI dans le deuxième tome de son livre Jésus de Nazareth dans lequel il traite en particulier de la Passion et de la mort de Jésus-Christ. Non seulement il reprend le récit évangélique de cet événement central de la foi chrétienne, mais il en propose une relecture qui exonère explicitement les juifs de toute responsabilité dans la mort de Jésus. L’expression «les juifs», associée dans les Evangiles et les écrits des Pères de l’Eglise à la Passion du Christ, «n’indique en aucune manière le peuple d’Israël comme tel et elle a encore moins un caractère raciste», écrit le pape.
      Elle désigne certains «aristocrates du peuple», mais certainement pas l’ensemble des juifs. Salué chaleureusement par les organisations juives, ce texte de Benoît XVI s’est inscrit dans la tradition réformatrice du concile Vatican II (1962-1965) qui avait solennellement rompu déjà avec la notion de «peuple déicide» appliquée pour désigner les juifs et avec l’antijudaïsme séculaire de l’Eglise.

    • Eloi permalink
      1 septembre 2019 20:46

      Si l’on voulait un témoignage de la nouveauté totale de la religion proposée par l’Eglise moderne, les propos de l’ex-pontife démissionnaire Benoît XVI, sont là pour le prouver.

      Certes il s’exprime en théologien privé dans son livre « Jésus de Nazareth », mais la thèse qu’il expose est devenue celle, officielle, de l’Eglise depuis Vatican II.

      En 1991, le nouveau catéchisme promulgué par Jean-Paul II précise (paragraphe 597) :

      « Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus
      En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte. Jésus Lui-même en pardonnant sur la Croix et Pierre à sa suite ont fait droit à l’ignorance (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple : « que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification, étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps.
      Aussi bien l’Église a-t-elle déclaré au concile Vatican II : Ce qui a été commis durant la Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (…) Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » (Extrait de la déclaration Nostra Ætate, 1965).

      Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 597, 1991.

      On ne saurait être plus clair, contredisant ainsi 20 siècles d’enseignement de l’Eglise …!

    • Lancre permalink
      1 septembre 2019 21:51

      « Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur »

      Ancienne Exorde du Vendredi Saint.

      « Oremus et pro perfidis Judaeis : Ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum ut et ipsi agnoscant Jesum Christum Dominum nostrum. (Non respondetur Amen, nec dicitur Oremus aut Flectamus genua, aut Levate, sed statim dicitur : Omnipotens sempiterne Deus qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis; exaudi preces nostras quas pro illius populi obcaecatione deferimus, ut agnita veritatis tuae luce quae Christus est, a suis tenebris eruantur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. »

      Texte du Missale Romanum depuis 1570.

  4. Lagomer permalink
    30 août 2019 10:39

    « Le juif est le châtiment du catholique, il pénètre nos sociétés dans la mesure où elles chassent Dieu […] une solution, la seule vraie, la seule efficace, la seule préservatrice des cataclysmes de demain, la seule libératrice du péril juif, c’est notre conversion.»

    Ernest JOUIN, Le péril judéo-maçonnique, vol. 1, Paris, RISS, Émile-Paul Frères, 1920, p. 116-119.

  5. Sixte permalink
    30 août 2019 17:51

    Plusieurs passages dans l’oeuvre de saint Augustin, vont dans le sens de son Tractatus Adversos Judaeos :

    « Si donc ce peuple n’a pas été détruit jusqu’à entière extinction, mais dispersé sur toute la surface de la terre, c’est pour nous être utile, en répandant les pages où les prophètes annoncent le bienfait que nous avons reçu, et qui sert à affermir la foi chez les infidèles. […] Ils ne sont donc pas tués, en ce sens qu’ils n’ont pas oublié les Écritures qu’on lisait et qu’on entendait lire chez eux. Si en effet ils oubliaient tout à fait les saintes Écritures, qu’ils ne comprennent pas du reste, ils seraient mis à mort d’après le rite judaïque même ; parce que, ne connaissant plus la loi ni les prophètes, ils nous deviendraient inutiles. Ils n’ont donc pas été exterminés, mais dispersés ; afin que n’ayant pas la foi qui pourrait les sauver, ils nous fussent du moins utiles par leurs souvenirs. Nos ennemis par le cœur, ils sont par leurs livres, nos soutiens et nos témoins.»

    S. Augustin, De la foi aux choses qu’on ne voit pas, § 6.

    « Les Juifs ont fait souffrir le Christ : ils se sont laissé dominer par l’orgueil contre lui. En quel endroit ? Dans la ville de Jérusalem. Ils y étaient les maîtres: voilà pourquoi ils s’y montraient si orgueilleux: voilà pourquoi ils y levaient si hautement la tête. Après la passion du Sauveur, ils en ont été arrachés, et ils ont perdu le royaume à la tête duquel ils n’ont pas voulu placer le Christ. Voyez comme ils sont tombés dans l’opprobre : les voilà dispersés au milieu de toutes les nations, incapables de se tenir n’importe où, ne tenant nulle part une place fixe. Il reste encore assez de ces malheureux Juifs pour porter en tous lieux nos livres saints, à leur propre confusion. Quand, en effet, nous voulons prouver que le Christ a été annoncé par les prophètes, nous montrons aux païens ces saintes lettres. Les adversaires de notre foi ne peuvent nous reprocher, à nous chrétiens, d’en être les auteurs et de les avoir fait parfaitement concorder avec l’Évangile, afin de faire croire que ce que nous prêchons avait été prédit d’avance : car la vérité de notre Évangile ressort avec évidence de ce fait palpable, que toutes les prophéties relatives au Christ sont entre les mains des Juifs, et qu’ils les possèdent toutes.

    Par là, des ennemis nous fournissent eux-mêmes, dans ces Écritures divines, des armes pour réfuter et confondre d’autres ennemis.

    Quelle honte leur a donc été infligée ? C’est qu’ils sont les dépositaires des livres où le chrétien trouve le fondement le plus solide de sa foi. Ils sont nos libraires : ils ressemblent à ces serviteurs qui portent des livres derrière leurs maîtres: ceux-ci les lisent à leur profit: ceux-là les portent sans autre bénéfice que d’en être chargés. Tel est l’opprobre infligé aux Juifs : voilà comme s’accomplit en eux cette prédiction si ancienne : “Il a fait tomber dans l’opprobre ceux qui me foulaient aux pieds.” Quelle honte pour eux, mes frères, de lire ce verset, et de ressembler à des aveugles qui se trouvent en face d’un miroir ! Devant les Saintes Écritures, dont ils sont les dépositaires, les Juifs sont dans une position analogue à celle d’un aveugle devant un miroir : on l’y voit, et il ne s’y voit pas lui-même. […] »).

    Discours sur les Psaumes, I, du psaume 1 au psaume 80, Cerf, coll. «Sagesses chrétiennes», Paris, 2007, p. 969.

  6. hannibalgenga permalink
    30 août 2019 20:56

    Saint Augustin a qualifié les juifs de « peuple témoin de son iniquité et de notre vérité»
    (cf. saint Augustin, Cité de Dieu, livre XVIII § 46 et § 47),

  7. patrick permalink
    30 août 2019 23:39

    Confondre une secte impie et apostate avec la Sainte Eglise Catholique relève purement et simplement de la malhonnêteté intellectuelle crasse, elle-même générée par l’aveuglement spirituel de l’immense majorité de ceux qui se croient encore catholiques de nos jours!
    L’entrisme talmudique dans la liturgie et la doctrine théologique démontre parfaitement ce que je viens de dire…Quant au nouveau rite invalide, qualifié outrageusement de « nouvelle messe » , c’est par excellence le genre de « sacrifice » purement humain qui ne peut en aucune manière être agréé par Dieu! Sinon les tradis de toutes tendances n’auraient pas autant de scrupules de l’avoir toujours refusé ce nouveau rite…..L’hypocrisie est reine dans tous ces milieux, marque évidente de l’aveuglement et du refus de l’évidence….La synaxe judaïco-protestante a encore de beaux jours devant elle! Dieu est lent à la colère, mais le jour où celle-ci se réveillera chacun pourra compter ses abattis…..Oremus.

    • Lagomer permalink
      31 août 2019 15:18

      Le problème Patrick, c’est que toutes les autres solutions proposées par le sédévacantisme en se plaçant à distance de l’Eglise moderniste en s’accrochant à des lignées épiscopales douteuses voire carrément malsaines, sont de pitoyables échecs tant sur le plan humain, disciplinaire, théologique et ecclésiologique.

      La seule attitude cohérente et juste, consiste donc à résister à l’erreur, tout en n’abandonnant pas l’Eglise fondée par Jésus-Christ. Ce n’est pas n’importe quelle institution que l’Eglise catholique, et on ne s’en sépare pas par décision volontaire au motif que l’on juge faussées ses positions d’aujourd’hui depuis Vatican II (ce qui est le cas on est bien d’accord).

      Autrement, sous prétexte de conserver la religion de toujours, en réalité on se fait objectivement Protestant par l’exercice du jugement privé prononcé au sein de son petit tribunal personnel intérieur. Et ça c’est impossible pour un catholique !

  8. Vehementer permalink
    31 août 2019 15:24

    «Eux qui ont tué Jésus et les prophètes, ils ne plaisent pas à Dieu et ils sont ennemis de tous les hommes» (Thessaloniciens I- 2-15).

  9. hannibalgenga permalink
    31 août 2019 15:34

    « C’est Josèphe qui, au XVIIIe livre de son Histoire des Juifs, témoigne que Jean était revêtu de l’autorité de baptiser, et qu’il promettait la rémission des péchés à ceux qui recevaient son baptême. Le même auteur, bien qu’il ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ, recherchant la cause de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple, ne dit pas véritablement comme il eût dû faire, que ce fut l’attentat des Juifs contre la personne de Jésus qui attira sur eux ce malheur, pour punition d’avoir fait mourir le Christ qui leur avait été promis : mais il approche pourtant de la vérité, et lui rendant témoignage comme malgré soi, il attribue la ruine de ce peuple à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu’ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste, pomme de grande vertu, frère de Jésus, nommé Christ. C’est ce Jacques que Paul, le vrai disciple de Jésus, alla visiter, ainsi qu’il le dit lui-même, le considérant comme frère du Seigneur (Gal., I. 19) : qualité qui lui était moins due pour la liaison du sang ou pour la société de l’éducation, que pour la conformité des mœurs et de la doctrine. Si donc cet auteur dit que ce fut à cause de Jacques que la ville de Jérusalem fut détruite, ne peut-on pas dire avec beaucoup plus de raison, que ce fut à cause de Jésus, le Christ, dont la divinité est attestée par tant d’églises, composées de personnes qui ont renoncé à la corruption générale, pour s’attacher au service du Créateur et pour dépendre uniquement de sa volonté? »

    Origène, Contre Celse, I.

  10. Moria permalink
    1 septembre 2019 22:01

    Le Concile de Trente propose une responsabilité collective du genre humain ayant entraîné la mort de Jésus, les Juifs ne sont pas seuls en cause, ce qui est théologiquement exact :

    « Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sûr, ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal (Hebr., 6, 6.) crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre (Cor., 2, 8.), s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides.»

    Catéchisme du concile de Trente, 1re partie, chapitre 5, § 3, 1566.

    • hannibalgenga permalink
      2 septembre 2019 19:09

      « Les Juifs en raison de leur propre faute ont été condamnés par Dieu… »

      Paul IV, bulle ‘‘ Cum Nimis Absurdum ’’, Rome 1555.

      http://www.la-question.net/archive/2011/02/22/la-bulle-antijuive-de-paul-iv-cum-nimis-absurdum.html

    • hannibalgenga permalink
      2 septembre 2019 19:16

      « Un peuple de Dieu a été formé pour donner à l’Univers un Dieu sauveur.

      Ce peuple de Dieu s’est divisé radicalement quand Notre-Seigneur fut mis sur la Croix.

      Une partie est devenue l’Eglise ; une autre partie est devenue le peuple déicide. »

      (Journal La Croix, 19 décembre 1891.)

  11. Lagomer permalink
    1 septembre 2019 22:12

    Certes le concile de Trente imputa la responsabilité ontologique de la mort de Jésus à tous les fils d’Adam, mais la responsabilité historique des juifs n’en demeure pas moins inchangée, ce que dès 1581, soit peu de temps après la promulgation du Catéchisme du concile de Trente, précise le pape Grégoire XIII dans le motu proprio Antiqua Judaeorum improbitas, nommé d’après son incipit :

    « L’ancienne méchanceté des juifs reste exécrée dans les fils, d’autant plus qu’ils faillissent gravement pour accumuler la mesure de ses pères qui ont repoussé le fils de Dieu et attenté à sa vie criminellement / Antiqua Judaeorum improbitas tanto execratior consistit filiis, quanto ipsi ad cumulandam patrum suorum mensuram in Dei filio repudiando, ejusque in mortem nefarie conspirando, gravius deliquerunt … »

    Grégoire XIII, Antiqua Judaeorum improbitas, juin 1581.

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