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L’Eglise est fondée sur le droit divin

1 décembre 2022

Droit Divin Tiare

« L’Eglise est constituée de telle manière

qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables

ses pontifes légitimes,

qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre… »

L’une des plus graves erreurs contemporaines, erreur si caractéristique de notre siècle dans lequel triomphent l’individualisme et le subjectivisme, est sans conteste l’hérésie schismatique connue sous le nom de « sédévacantisme », qui substitue aux critères catholiques du droit divin ecclésial les fausses lumières du raisonnement privé, conférant qui plus est à ces lumières erronées surgies de l’intelligence personnelle incompétente en ces matières touchant à l’infaillibilité, un pouvoir juridictionnel, une autorité délibérative et une puissance exécutoire au mépris de toutes les lois traditionnelles de l’Eglise catholique.

Pourtant, c’est oublier que l’Eglise a été fondée sur un droit lui-même fondateur : le « droit divin » par lequel Jésus a confié à Pierre la garde de son Eglise (Matthieu XVI, 16), ce qui explique pourquoi tout est soumis au droit divin dans l’Eglise, les hommes, les sacrements, les institutions, et en premier lieu  l’élection pontificale elle-même, ceci signifiant que toute expression de la foi de l’Eglise dépend, est codifiée, régie par le droit divin qui est la source ontologique de la légitimité de la sainte société instituée par Jésus-Christ, et que nul ne peut, sous peine de péché grave, du haut d’un imaginaire tribunal individuel, s’y soustraire ou ne pas en respecter les saintes règles sans contredire coupablement le principe sacré d’autorité.

I. L’Eglise est une monarchie de droit divin

« La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit

se complètent et s’achèvent mutuellement,

elles proviennent d’un seul et même Sauveur. »

Pie XII, Mystici Corporis, 1943.

Mgr Thomas Gousset (1792-1866) qui fut cardinal-archevêque de Reims, de pieuse mémoire, a su rappeler en son temps les principes fondateurs du droit divin : «La religion chrétienne est divine c’est Jésus-Christ lui-même qui a fondé l’Eglise qui porte son nom, et cette Eglise doit, aux termes des prophètes et de l’Evangile, durer autant que le monde ; elle est pour tous les temps et pour tous les peuples. L’Eglise est une société ; elle a par conséquent un gouvernement, un ordre hiérarchique qui distingue ceux qui enseignent de ceux qui sont enseignés, ceux qui gouvernent de ceux qui sont gouvernés. Cette société est nécessairement extérieure et visible ; elle est d’ailleurs une, sainte, catholique et apostolique. […] Les principales propriétés de l’Eglise sont l’autorité, la visibilité et la perpétuité, l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. Ces propriétés sont toutes renfermées, les trois premières implicitement, les quatre dernières explicitement, dans ces paroles du symbole du premier concile œucuménique de Constantinople de l’an 381 : ‘‘Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique’’… la visibilité et la perpétuité sont donc, comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. » [1]

« La visibilité et la perpétuité sont donc,

comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. »

– Mgr Thomas Gousset –

Mais de quelle forme de gouvernement Jésus a-t-il souhaité pour son Eglise ? La réponse tout fidèle catholique devrait la connaître : le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué une monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin », face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme.

L’Abbé Boulanger l’exprime ainsi : « Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l’Église. Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l’Évêque de Rome, c’est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté et que, de ce fait, il avait la plénitude des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. » [2]

De ce fait que représente le pape qui est à la tête de l’Eglise ?

La réponse est évidente :

« Pierre, et tous ses successeurs représentent la personne de Jésus-Christ, comme le vice-roi représente le roi. Pierre et ses successeurs président l’Eglise universelle en monarques ; c’est pourquoi ils sont le principe de l’unité de l’Eglise, qui est le royaume de Jésus-Christ. Car de même qu’il n’y a qu’un empire là où il n’y a qu’un empereur, qu’un royaume là où ne règne qu’un roi, un monde que Dieu a fait et gouverne, un ciel qu’éclairci un soleil ; ainsi l’Eglise ne serait pas le seul royaume visible de Jésus-Christ, si elle n’avait un seul chef visible, à qui tout entière elle se soumît, et qui la gouvernât ; ce chef, c’est Pierre et chacun de ses successeurs. Le privilège de Pierre est que son pouvoir passe d’âge en âge à ses successeurs ; les autres patriarches disparaissent, lui demeure le même, il traverse les siècles et demeurera jusqu’à la fin du monde. » [3]

II. Le droit divin est la source de tout pouvoir dans l’Eglise

 Ceci exposé, comment s’établit la source de la légitimité juridique au sein de l’Eglise, permettant de légiférer, décider, ordonner et gouverner ?

 De nouveau Mgr Gousset nous l’explique : « La puissance spirituelle du pape vient de Jésus-Christ ; c’est l’Esprit-Saint qui a établi le pape pour gouverner l’Eglise de Dieu. Or, c’est un dogme catholique que le pape, une fois légitimement élu, reçoit immédiatement de Jésus-Christ, avec le titre de successeur de saint Pierre, les clefs du royaume des cieux, avec le plein pouvoir de paître les agneaux et les brebis, de régir et de gouverner, non une partie de l’Eglise ou une Eglise particulière, mais toutes les Eglises ou l’Eglise universelle. […] L’Eglise, dont le pape est le chef, est une vraie monarchie. Gerson n’hésite point à déclarer hérétique et schismatique quiconque nierait que le pape a été institué de Dieu surnaturellement et immédiatement, et qu’il possède une primauté monarchique et royale dans la hiérarchie ecclésiastique. Il enseigne que l’Eglise a été fondée par Jésus-Christ sur un seul monarque suprême ; que la puissance ecclésiastique dans sa plénitude est formellement et subjectivement dans le seul pontife romain, et qu’elle a été donnée surnaturellement par Jésus-Christ à Pierre comme vicaire et au souverain monarque, pour lui et pour ses successeurs, jusqu’à la fin des siècles (De potestate ecclesiastica, consid. X.). » [4]

 De son côté Cajetan écrit :

« Pour comprendre la nature du régime de l’Eglise, il n’y a qu’à regarder ses commencements. Elle n’a point débuté par quelques individus ni par une communauté quelconque. Elle s’est groupée autour de Jésus-Christ, son chef, sa tête, de même nature qu’elle, d’où lui venaient la vie, la perfection, la puissance. Ce n’est pas vous, dit-il, qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. Dès la naissance de l’Église, son régime apparaît donc nettement. L’autorité ne réside point dans la communauté, on ne la voit point se transporter, comme dans l’ordre civil, de la communauté jusqu’à un ou jusqu’à plusieurs chefs. Par nature et primordialement, elle réside dans un seul prince reconnaissable. Comme ce prince est le Seigneur Jésus, qui hier, aujourd’hui et dans tous les siècles doit vivre et régner, il résulte qu’en droit naturel c’était à lui, et pas à la communauté ecclésiastique, qu’il appartiendrait au moment de l’Ascension de se choisir un vicaire, dont le rôle serait non pas de représenter la communauté ecclésiastique née pour obéir, non pour commander, mais de représenter un prince dominateur par nature de la communauté ecclésiastique. Voilà donc ce qu’a daigné faire notre Sauveur lui-même lorsque, après être ressuscité, avant de s’en retourner dans les cieux, il élut, comme le marque saint Jean, l’unique apôtre Pierre pour son vicaire. Et de même qu’en droit naturel le prince de l’Église ne tient pas son autorité de l’Église; pas davantage son vicaire, qui relève de lui, non de l’Église. » (Apologia de comparata auctoritate papce et concil11, cap. I, n 450- 452).

 

« Le gouvernement de l’Eglise est monarchique

en vertu même de sa constitution, qui est divine… »

Conclusion

 Quelle est la conséquence d’une telle origine surnaturelle de l’Eglise ?

Tout simplement que l’Eglise, fondée sur le « droit divin », obéit à des principes monarchiques lui conférant un caractère invariable, permanent, intangible et constant : « Il faut donc reconnaître que l’Eglise est, de droit divin, une vraie monarchie ; que le pape en est le chef suprême et le souverain, duquel découle tout pouvoir spirituel. (…) Le gouvernement de l’Eglise étant, comme l’Eglise elle-même, essentiellement un, perpétuel, invariable, est nécessairement toujours le même, c’est-à-dire toujours et nécessairement monarchique ; car il est monarchique en vertu même de sa constitution, qui est divine…Il est aujourd’hui ce qu’il était hier, et sera, jusqu’à la consommation des siècles, et ce qu’il a toujours été depuis le commencement, depuis le jour où Jésus-Christ a fait de saint Pierre le fondement de son Eglise, contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point, en même temps qu’il lui a confié les clefs du royaume des cieux, c’est-à-dire, le gouvernement de son Eglise. L’autorité vivante et infaillible ne se trouve que dans cette Eglise que Jésus-Christ a établie sur Pierre, le chef, le prince et le pasteur de toute l’Eglise. » [5]

Ceci implique nécessairement une vérité essentielle :

« L’Eglise est constituée de telle manière qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables ses pontifes légitimes, qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre, étant héritiers de la même doctrine, de la même dignité, du même rang et de la même puissance.  Où est Pierre, là est l’Eglise. Pierre parle par la bouche du pontife romain ; il vit toujours dans ses successeurs. C’est dans la chaire du bienheureux Pierre que Jésus-Christ a placé l’indestructible fondement de son Eglise. » [6]

Lire :

L’Eglise et la doctrine catholique du droit divin

Notes.

1. Cardinal Gousset, Théologie dogmatique, t. I, Jacques Lecoffre, 1866, pp. 495-496.

2. Abbé A. BOULENGER, Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937.

3. Abbé Barbier, Les trésors de Cornelius a Lapide, commentaires sur l’Ecriture Sainte, Julien, Lanier, 1836, vol. I, p. 693 ; 695.

4. Cardinal Gousset, op. cit., pp. 594-595.

5. Ibid., pp. 723-724.

6. Ibid.

Un art sacré la corrida !

24 novembre 2022

 

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Effigie de la Vierge de la Charité dans sa Solitude
(Virgen de la Caridad en su Soledad).
Chapelle de la confrérie du Baratillo de Séville qui fait procession le Mercredi Saint (« hace su estancion de penitencia »)
liée au monde taurin et au quartier des arènes, l’Arenal.

Les anti-corridas se déchainent

 pour faire disparaitre la dernière forme d’art sacré !

A l’heure où les anti-corridas, parmi lesquels nous retrouvons une majorité de bobos gauchos écolos, se déchaînent pour tenter de faire disparaître une pratique traditionnelle et laisser encore un peu plus de place aux débilités et vulgarités modernes, il est bon de rappeler à quel point la corrida appartient à notre culture ancestrale.

En effet, de nouveau le débat sur la tauromachie fait rage, et l’on essaie de l’interdire sur l’ensemble du territoire français.  Pourtant la saison ne débute véritablement qu’avec l’été, période pendant laquelle la plupart des grandes arènes espagnoles et françaises accueillent les meilleurs toréros du moment. Célébrée à travers les siècles par Goya, Lorca, Montherlant ou Hemingway, protégée et soutenue par l’Eglise, organisée par les moines et les ordres religieux, la corrida, avec ses rites et sa dramaturgie, est la marque distinctive de l’Espagne éternelle ! En effet, le temps de la corrida, celui de la féria, c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou la corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine religieux de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines : San Isidro à Madrid, Semaine Sainte à Séville, San Firmin à Pampelune, le Toro de la Vega à Tordesillas en l’honneur de la Vierge de la Peña, le Corpus Christi à Tolède, Pentecôte à Nîmes , etc.

C’est d’ailleurs grâce à un ecclésiastique, Don Gregorio de Tapia y Salcedo, que se codifie avec en 1643, la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer, la tauromachie à cheval étant réservée à la noblesse. Par ailleurs, le célèbre taureau de Miura, aux caractéristiques exceptionnelles, qui est encore de nos jours le prince des arènes, fut formé au départ par un prêtre, Marcelino Bernaldo de Quiros, curé de Rota, qui croisa les vaches andalouses des pères dominicains du couvent de San Jacinto, avec des toros navarrais, race qui provient elle-même des moines de la Très Sainte Trinité de Carmona.

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La corrida est indissociablement liée,

et depuis toujours, au domaine religieux.

  Les espagnols, dont l’ex Roi Juan Carlos  en premier, attachés à la tradition entendent, avec beaucoup de détermination, la protéger contre les attaques subies de la part d’un lobby idéologique destructeur des identités régionales. La région de Madrid, Esperanza Aguirre, a d’ailleurs élevé la corrida au rang de « bien d’intérêt culturel », imitée par les régions de Valence et Murcie (est), où les courses de taureaux figurent désormais au « patrimoine culturel », afin de leur conférer un statut protecteur au sein d’une Europe dirigée de Bruxelles par des technocrates totalement indifférents aux particularismes spécifiques des régions du Sud.

Est-ce que le fait que les corridas fassent partie de la tradition espagnole, et de la France méridionale, constitue un argument valide pour continuer à en défendre l’existence ?

Pour le philosophe français Francis Wolff, c’est oui : selon lui, « la tauromachie fait partie du patrimoine culturel du Sud de l’Europe, et même du patrimoine mondial ».

Il importe d’être conscient sur ce point, que le temps de la corrida, celui de la « féria », c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou la corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine des héritages culturels populaires et religieux, de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines, temps lui-même intimement lié au déroulement du cycle annuel des saisons qui joue un rôle essentiel chez les populations attachée à la terre, soit parce qu’elles en vivent, soit parce qu’elles y vivent, et en respectent les lois et les rythmes.

La corrida est une ultime manifestation de l’art sacré en Europe !

Le combat anti-corrida, apparaît donc clairement comme une forme de réaction irrationnelle de la part de citadins déracinés, coupés de la terre et de ses traditions, s’élevant par une fausse sensibilité, contre une ultime manifestation d’art sacré, attitude représentative d’un certain militantisme naïf jouant sur une émotion instrumentalisée par les adversaires d’un art dont ils ignorent à peu-près tout ; les opposants préférant d’ailleurs étrangement s’inquiéter du sort de quelques taureaux sacrifiés dans les arènes, à celui des centaines de milliers de boeufs, et autres animaux, qui vont à l’abattoir chaque années dans des conditions infiniment plus choquantes et scandaleuses que celles des corridas, sans oublier les pratiques d’une cruauté barbare qu’est l’abattage rituel des viandes dites « hallal » ou « kasher« , vis-à-vis desquelles on observe un silence total de la part des adversaires de la corrida, et sans même parler de leur défense de l’avortement qui rend légal le meurtre dans le ventre de leurs mères d’innocents enfants à naître !

Or, contrairement aux lois désacralisées du monde actuel, tout ce qui touche à la tauromachie est encadré par le sacré. Les toreros sont bénis par des « aumôniers », les courses de taureaux sont précédées de prières dans les chapelles attenantes aux arènes, c’est dans le cadre des festivités religieuses (San Isidro, Pâques, Pentecôte, etc.), que sont organisées les grandes corridas.

Il n’est donc pas étonnant de voir s’élever avec une rare virulence hystérique contre la tauromachie, tout ce que le monde actuel compte comme personnalités anti-traditionnelles les plus représentatives (Michel Drucker, Renaud, Francis Cabrel, et à présent l’antispéciste islamogauchiste Aymeric Caron), au nom d’une étrange conception de la morale et de la vertu, traduisant une inexplicable hostilité qui ressemble beaucoup, jusqu’à s’y méprendre, à un net rejet du sacré et des traditions populaires.

Il faut donc défendre et inscrire la corrida comme relevant du « patrimoine culturel » des pays du Sud de l’Europe, et oeuvrer, avec force, à son maintien contre l’idéologie moderne destructrice de la tradition populaire et religieuse.

C’est un devoir historique tout autant qu’un combat vital qui se jouent, pour la préservation et la conservation de la mémoire spirituelle collective des peuples du Sud de l’Europe !

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L’Eglise catholique et la corrida

entretiennent depuis des siècles un lien sacré !

Le devoir de résistance de la Tradition catholique !

9 novembre 2022

L’autorité est au service de la vérité,

Elle ne crée pas la vérité, elle la reconnaît,

la garde et l’enseigne.

 

L’orthodoxie d’une doctrine provient de sa conformité à l’enseignement constant de l’Église, c’est la condition sine qua non de validité tant d’un Concile que de l’enseignement des Papes.  Ce principe manifeste de façon limpide la « mens catholica » : l’autorité est au service de la vérité; elle est un moyen pour que la vérité soit communiquée. L’autorité, autrement dit, ne crée pas la vérité, elle la reconnaît, la garde et l’enseigne. Cependant, bien que l’actuelle défaillance de l’Autorité soit inhabituelle, de rares précédents montrent qu’elle est parfois possible, et la situation de l’Eglise depuis Vatican II en est un cas de figure exemplaire.

De la sorte, pour se protéger du modernisme, nous devons résister aux autorités ecclésiastiques quand elles s’écartent de la Tradition. Soyons clairs : ce n’est pas par un jugement particulier que nous choisissons de ne pas suivre les enseignements de l’Eglise conciliaire, mais c’est en vertu du critère objectif qu’est la Tradition ; et un catholique – plus encore une société religieuse –  a le droit de refuser les documents officiels du concile et ses décisions qui s’écartent de la Tradition.

 Le Christ triomphera !

Il est vital de conserver la Foi et la Doctrine de l’Eglise

en résistant à l’autorité lorsqu’elle s’égare,

en ces temps de terrible confusion.

    La perspective catholique est très claire : l’autorité est au service de la vérité. Il n’est donc en aucune façon possible d’exiger l’obéissance lorsque l’enseignement proposé est contraire à la vérité. L’autorité se pose dans l’Église comme un moyen, et non comme une fin. Et c’est justement à cause de cette grande confusion au sujet du rapport entre autorité et vérité que les « révolutionnaires » ont pu greffer sur le tissu catholique les germes de l’erreur moderniste, sans que les « anticorps » ne réagissent à cette terrible infection. Ils ont abusé de l’obéissance pour imposer leur fausse doctrine, et chaque fois que certains avec courage ont tenté de manifester leur désaccord, on a utilisé contre eux l’accusation de « désobéissance » pour isoler ces malheureux et briser ainsi toute forme de résistance. C’est cet usage pervers de la vertu d’obéissance que Mgr Lefebvre a magistralement défini comme étant « le coup de maître de Satan » [1].

La résistance à l’erreur est donc non seulement juste, mais de plus nécessaire afin de sauvegarder la sainte doctrine menacée par les enseignements faussés par l’idéologie moderniste de Vatican II, concile relevant d’un acte du Magistère authentique non infaillible, guidé, de surcroît, par des évêques non éminents sur le plan dogmatique  [2].

Saint Thomas d’Aquin enseigne que,

dans des situations extrêmes,

il est licite de s’opposer  publiquement à une décision papale.

Plusieurs théologiens de renom soutiennent le devoir de résistance. Ainsi saint Thomas d’Aquin enseigne que, dans des situations extrêmes, il est licite de s’opposer  publiquement à une décision papale, comme St. Paul résista à St. Pierre (Galates II, 14) :

« Cependant, on doit observer que, si la foi est en danger, un sujet pourrait réprimander son prélat, même publiquement. C’est ainsi que Paul, qui était sujet de Pierre, réprimanda celui-ci en public suite au danger imminent de scandale concernant la foi et, comme le dit St. Augustin dans son commentaire sur Gal II, 11: « Pierre donna un exemple à ses supérieurs que, si à n’importe quel moment, ils devaient sortir de la voie droite, ils devraient s’attendre à être repris par leurs sujets. »  Somme théologique, IIa IIae, Qu. 33, article 4, ad2.

St. Robert Bellarmin dit également [3] :

« Tout comme il est licite de résister à un Pontife qui attaque le corps, il est tout aussi licite de résister au Pontife qui attaque les âmes ou détruit l’ordre civil ou, à plus forte raison, essaie de détruire l’Église. Je dis qu’il est licite de lui résister en ne faisant pas ce qu’il ordonne de faire et en empêchant l’exécution de sa volonté. Il n’est pas licite, cependant, de le juger, de le punir, ou de le déposer, parce que ce sont là des actes relevant d’un supérieur. » [3] De Romano Pontifice, Lib. II, c.29.

Le Pape Léon XIII écrit de même sur le devoir de désobéissance face à une autorité désorientée :

« Mais, dès que le droit de commander fait défaut, ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, à l’autorité de Dieu, alors il est légitime de désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d’obéir à Dieu. » Encyclique Libertas #13.

Quant à Dom Guéranger, son jugement est sans appel :

« Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau de se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs.Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée.  Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme.  Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église; mais il peut arriver que des pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en certaines circonstances ou la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer a ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner. » L’Année Liturgique, Le Temps de la Septuagésime, Vol. 4, fête de St. Cyrille d’Alexandrie.

« Nous choisissons ce qui a toujours été enseigné

et nous faisons la sourde oreille

aux nouveautés destructrices de l’Église.

Le mauvais usage de la vertu d’obéissance

est le coup de maître de Satan »

Mgr Lefebvre, 1974.

  Résumant l’ensemble des analyses traditionnelles, Mgr Marcel Lefebvre était donc fondé à déclarer à son tour, puisque la situation l’exigeait :

« Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l’Église depuis dix-neuf siècles. « S’il arrivait, dit saint Paul, que nous-même ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème. » (Gal. 1, 8.) N’est-ce pas ce que nous répète le Saint-Père aujourd’hui ? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l’Église. » Déclaration, 21 novembre 1974

   Dieu nous l’indique – cette situation exceptionnelle que nous traversons, et dont le sens ne doit pas nous échapper est intervenue comme une épreuve que la Divine Providence a permise pour des raisons qui lui appartiennent pour éprouver notre foi, un siècle seulement après Vatican I – il est vital de conserver la Foi et la Doctrine de l’Eglise en résistant à l’autorité lorsqu’elle s’égare, en ces temps de terrible confusion.

Cette épreuve extrêmement dure, est un temps de pénitence envoyé par le Ciel, une période d’obscurité pour l’épouse de Jésus-Christ, de sorte de nous permettre, par l’esprit de résistance et de conservation du dépôt sacré, de nous attacher plus fortement encore s’il se peut, à Rome et au Siège de Pierre, c’est-à-dire au Saint-Père, en oeuvrant, inlassablement et avec une constante ardeur, au retour espéré de la Tradition catholique.

 

Notes.

1. Il importe d’insister sur le fait qu’un enseignement du Pape ou d’un Concile n’entraîne pas ipso facto une obéissance inconditionnelle : « celle-ci dépend et est proportionnée à l’intention avec laquelle le Magistère entend engager son autorité. » (I. Salaverri, Sacrae Theologiae Summa, cit., t.I, tr. III, I.II, § 637, p. 578). C’est ce que confirme le cardinal Journet : « Le degré avec lequel le Magistère s’exprime dépend donc encore une fois de la volonté, de l’intention du Pape et des Évêques unis à lui. Il n’y a pas de coïncidence définitive entre Magistère extraordinaire et Magistère infaillible. » (Cf. C. Journet, L’Église du Verbe Incarné, p. 531).

Or l’intention de Vatican II, telle que soulignée par Jean XXIII, puis Paul VI, est formelle :

– « Certains se demandent quelle est l’autorité, la qualification théologique qu’a voulu donner à son enseignement un Concile qui a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique. […] Etant donné le caractère pastoral du Concile, il a évité de prononcer des dogmes comportant la note d’infaillibilité…»

Paul VI, discours du 12 janvier 1966.

2. Vatican II est un acte du Magistère authentique non infaillible, guidé, de surcroît, par des évêques non éminents « amore et studio doctrinae ab Apostolis traditae ac pari detestatione mnis novitatis » (Franzlin, De Divina Traditione, thèse IX), c’est-à-dire non par l’attachement à la Tradition et l’horreur de toute nouveauté, mais bien plutôt éminents « amore et studio momnis novitatis ac detestatione doctrinae ab Apostolis traditae », c’est-à-dire par un prurit de nouveautés et par la détestation de la Tradition ; guidés par des théologiens – vrais auteurs du Concile – autrefois condamnés par le Saint-Office. On peut donc dire que l’Esprit de Vérité s’est servi de l’aversion typique du libéralo-modernisme à l’égard des définitions dogmatiques pour empêcher que le Magistère infaillible de l’Eglise ne soit engagé dans un Concile, où, du côté humain, existaient toutes les prémisses pour des énoncés erronés. Et c’est là l’unique assistance, purement négative, que Vatican II, ou plus exactement l’Eglise à l’occasion de Vatican II, peut revendiquer de l’Esprit de Vérité. Et ceci permet d’expliquer aussi cette anomalie de l’unique Concile oecuménique dans l’histoire de l’Eglise auquel revient certes la qualité de Magistère extraordinaire, mais seulement authentique, c’est-à-dire non infaillible.

3. L’abbé Anthony Cekada prétend nier que ce passage de saint Robert Bellarmin soit applicable à notre situation présente, aux prétextes suivants :

« 1) Bellarmin parle ici d’un pape moralement mauvais qui donne des ordres moralement mauvais – et non pas d’un pape qui, comme les papes de Vatican II, enseigne l’erreur doctrinale ou impose des lois nuisibles.
2) Le contexte du passage cité est différent : il s’agit là du débat sur les erreurs du gallicanisme, et non pas du cas d’un pape hérétique.
3) Bellarmin justifie ici la “résistance” de la part de rois et de prélats, non pas de chaque catholique en particulier.
4) Bellarmin enseigne dans le chapitre suivant de son ouvrage qu’un pape hérétique perd automatiquement son autorité.
En un mot, ce passage ne peut ni être appliqué à la crise actuelle ni être invoqué contre le sédévacantisme. 
»

Cf. L’argument de “résistance” de saint Robert Bellarmin : encore un mythe traditionaliste.

Il est aisé de répondre à ces quatre objections qui n’en sont pas, en précisant que :

 1° Bellarmin – et avec lui Cajetan – parlent bien de “résister” aux erreurs doctrinales d’un pape tout en continuant à le considérer véritablement pape, puisque l’un et l’autre font valoir qu’en cas d’hérésie, le pape reste pape :

–  « L’homme n’est pas tenu d’obéir au pape quand ce que celui-ci commande est contraire à la loi de Dieu, et même dans quelques autres cas. Lorsque le commandement d’un homme est manifestement contraire à la loi de Dieu, c’est un devoir de lui désobéir (… ) les docteurs indiquent les remèdes suivants : avoir recours à Dieu par l’oraison, admonester ledit pape avec tout respect et révérence, n’obéir point à ses commandements notoirement injustes, et enfin lui résister, et empêcher qu’il ne fasse le mal projeté. »

Saint Robert Bellarmin,  De Romano Pontifice,  II, 29.

– « La papauté et Pierre sont comme « matière » et « forme » et seul Jésus-Christ a pouvoir sur leur union…et pour cette raison lui seul peut mettre des limites et établir la puissance du Pape. Un Pape qui est devenu hérétique incorrigible n’est pas automatiquement destitué … l’Eglise n’a pas puissance sur la Papauté, (…) il faut dire que, quand Pierre, devenu hérétique incorrigible est déposé par l’Eglise, il est jugé et déposé par une puissance supérieure non à la Papauté mais à l’union entre la Papauté et Pierre

Cajetan, De Comparatione Auctoritatis Papæ et Concilii, c. XX .1511.

 2° Que le contexte soit différent ne change rien à l’affaire. Les erreurs gallicanes relèvent, comme le modernisme, d’une même propension à l’hérésie, et cette dernière, on serait surpris du contraire, reste fausse par delà les époques.

 3° Cette résistance de rois ou de prélats peut, sans difficulté aucune, être étendue à l’ensemble des fidèles, comme le soutient saint Thomas : « si la foi est en danger, un sujet pourrait réprimander son prélat, même publiquement. » Som. Th., IIa IIae, Qu. 33, article 4, ad2.

 4°) La perte de l’autorité évoquée par Bellarmin, mais c’est là une erreur sédévacantiste classique, doit s’entendre selon la forme, non selon la matière (cf. 1°), faisant qu’hérétique ou non, le Pontife ne perd jamais sa charge.

Origine de la fête de la Toussaint

1 novembre 2022

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C’est saint Pie X (+ 1914) qui fit de la Toussaint

une « fête d’obligation », c’est à dire une fête

où on est obligé d’assister à la messe.

La fête de la Toussaint ne tire pas son origine des textes bibliques, comme le font la plupart des grandes fêtes liturgiques comme Noël, Pâques, la Pentecôte. Elle a été instituée par l’Église pour répondre à différentes situations. Après les persécutions de l’Eglise des premiers siècles, on a d’abord fait une fête de tous les martyrs qui s’est étendue plus tard à tous les saints. Puis au Moyen âge, pour combattre la fête païenne des morts, on a placé à la date du 1er novembre la fête de tous les saints.

Une fête de tous les martyrs a été célébrée en Orient à partir du 4ème siècle. La date était le dimanche qui suit la Pentecôte à l’église d’Édesse, le 13 mai à Antioche. La fête du 13 mai s’est diffusée à Rome au  7ème siècle; ce fut, en 610,  à l’occasion de la transformation du temple païen du Panthéon dédié à tous les dieux en une église dédiée  à tous les martyrs, sous le nom de Sainte Marie des martyrs.

La fête celte de « Samain » Fête des morts   

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Dans le paganisme celtique,

la fête de la divinité « Samhain » marquait  le début de l’hiver.

Au 8ème siècle, les moines irlandais qui évangélisaient la Gaule se trouvèrent confrontés au paganisme celtique et à la fête païenne du « Samhain » (Samain ou Samhuin signifie en irlandais « affaiblissement » ou « fin de l’été »). Dans le monde celte, la nuit du 31 octobre au 1er novembre était le début de la nouvelle année. C’était la date de la fête de la divinité Samhain et la fête du nouvel an qui marquait  le début de l’hiver.

« Samain » était aussi la fête des morts ou plus exactement de la communication entre les vivants et les morts. Pendant cette nuit, les esprits des trépassés pouvaient revenir dans leur demeure terrestre et les vivants devaient les accueillir. Mais l’ouverture des portes de l’autre monde permettait aussi l’intrusion d’esprits maléfiques.

La fête de la Toussaint est inséparable de la commémoration des défunts.

La première célébration s’est vécue dans la joie

la seconde est plus en lien avec les souvenirs

envers ceux que nous avons aimés.

La fête de tous les saints           

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Sur l’ordre de Louis le Pieux, 

la fête de la Toussaint fut instituée en France.

Pour résister à cette fête païenne, l’Église instaura à cette même date une fête chrétienne. Elle  demanda à Charlemagne d’instituer une fête de tous les saints le 1er novembre, substituant ainsi les saints aux esprits des morts. En 835 sur l’ordre de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, la fête de la Toussaint, qui existait déjà à Rome, fut instituée en France.

Et, peu à peu, toutes les Églises occidentales adoptèrent cette date de la fête de la Toussaint. En 1580 le pape Sixte IV  fit de la Toussaint  une grande fête chrétienne, mais c’est seulement s. Pie X (+ 1914) qui fait de cette célébration une « fête d’obligation », c’est à dire une fête ou on est obligé d’assister à la messe.

La vie et l’œuvre spirituelle du Bienheureux Alfredo Ildefonso Schuster

30 août 2022

Bienheureux Alfredo Ildefonso Schuster
(Rome, 18 janvier 1880 – Venegono Inferiore, 30 août 1954)

Abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs (1918)
Archevêque de Milan (1929) Cardinal-Prêtre (1929), puis Cardinal de Saint-Sylvestre et Saint-Martin-aux-Monts (1929)

 

Le 30 août de chaque année, est l’occasion de la commémoration de la naissance au Ciel du Bienheureux Alfredo Ildefonso Schuster, (+ 1954), moine bénédictin, cardinal et archevêque de Milan de 1929 à 1954.

Figure peu connue de la vie spirituelle et religieuse du XXe siècle, le Bienheureux Ildefonso Schuster Ildefonso Schuster, était le fils d’un zouave pontifical d’origine bavaroise, ce qui explique qu’il passa ses premières années dans l’environnement religieux de la Rome pontificale, étant admis comme élève dès son jeune âge à l’école du monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-Murs, où il entra, dès qu’il atteignit ses 18 ans, au noviciat sous le nom de « Frère Ildefonso ». Obtenant par ses études un doctorat en philosophie et en théologie, il fut ordonné prêtre à 24 ans. Bénéficiant d’une immense érudition, fruit d’un travail constant et d’un labeur infatigable, il se vit chargé d’enseignement à l’École pontificale de musique sacrée, et nommé consulteur pour la liturgie à la Sacrée Congrégation pour les sacrements. Fidèle, et ce jusqu’à l’austère rigueur, à ses vœux monastiques, son assiduité aux offices et à l’oraison forçait l’admiration de tous. Il sera ensuite maître des novices, puis prieur, et enfin élu abbé du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs en 1918. En 1924, Pie XI lui confia la tâche de visiteur apostolique des séminaires, charge, dans laquelle il fit preuve de qualités remarquables. C’est donc fort logiquement, que le pape Pie XI, qui l’avait nommé archevêque de Milan le 26 juin 1929, lui imposa le chapeau de cardinal le 18 juillet de la même année.

Enseignant inégalé et humble de la Sainte Liturgie, comme en témoigna sa régularité dans la présence aux offices, tout au long des années de son épiscopat et jusqu’à quelques jours avant sa mort, chaque fidèle ayant pu voir son archevêque dans la cathédrale, où il assistait à la messe capitulaire tous les dimanches et fêtes. Le clergé vivement impressionné par celui qui avait été moine bénédictin, au profil recueilli et pieux, et dont la silhouette ascétique imposait l’admiration de nombreux réformés, appréciait sa culture liturgique. Mais le style, distinct et respectueux du Bienheureux Schuster, s’accompagnait d’une détermination lucide et ferme, qui, en revanche, reflétait la détermination de celui qui l’avait envoyé en Lombardie et dont il traduisait les décisions, c’est-à-dire le Souverain pontife Pie XI.

« Nous aspirons à l’établissement d’une véritable école ecclésiastique

du rite ambrosien».

C’est lors de ses visites pastorales dans les paroisses de Lombardie, que le bienheureux Schuster constata avec regret la disparition du rite ambroisien. C’est pourquoi il ne se borna pas à exhorter ses prêtres à s’éduquer et à instruire les fidèles de ce rite, mais les décida « d’imiter à Milan saint Ambroise, à l’ombre du Duomo, avec la bénédiction de saint Pie X », affirmant : « nous aspirons à l’établissement d’une véritable école ecclésiastique du rite ambrosien».

« Imiter à Milan saint Ambroise avec la bénédiction de saint Pie X.»

 

Ainsi, auteur des différents volumes du  Liber Sacramentorum, un volumineux commentaire sur le missel romain, il devint surtout le conservateur du Rite Ambroisien, en vigueur dans le diocèse de Milan et dans trois vallées tessinoises, Leventina, Blenio et Riviera.

Ce rite liturgique, que l’on doit à saint Ambroise (+ 397) – même si les sources font défaut [1] -, l’évêque qui est à l’origine de la conversion de saint Augustin (+ 430), se caractérise par des spécificités originales, comme la récitation du Kyrie eleison, où ne figure pas le Christe eleison, récitation entonnée de nombreuses fois au cours de la messe afin d’insister sur l’expiation des pécheurs.

Autre exemple, le Credo ne se dit qu’après l’Offertoire, signe, provenant du christianisme des premiers siècles, que la messe est réservée non aux catéchumènes, mais uniquement aux croyants baptisés et confirmés.

La défense du rite ambroisien devint une tâche à laquelle se consacra le Bienheureux Ildefonso Schuster,  inlassablement, pas même lors des maladies ou du froid.  Pour assister aux offices, il interrompait tout travail, et même les visites pastorales étaient programmées pour qu’il puisse toujours être présent aux cérémonies.  Par sa présence, il entendait augmenter le nombre de ceux qui participeraient aux célébrations, et il obtint l’effet souhaité : quand on apprit que l’archevêque descendait à la cathédrale tous les dimanches, la foule qui assistait aux messes, grandit considérablement [2].

 

Il aimait certes le décorum des célébrations liturgiques propre au rite ambroisien, mais surtout voulait de la lenteur dans les cérémonies. Quand il sentait que la récitation de la psalmodie était trop précipitée, il faisait signe, discrètement de son siège épiscopal, de ralentir le rythme des prières.  Mgr. Pini, nommé par lui chef de chœur dira : « Je ne sais pas combien de fois les maîtres de cérémonie m’ont envoyé pour me prévenir de ralentir, de faire attention aux pauses et de garder un seul ton ! […]  La psalmodie était en lui une vie vécue, aimée, faite pour aimer: le goût instillait et révélait le souvenir intérieur de son esprit ».

Participant au conclave de 1939, qui vit l’élection de Pie XII, il se retira ensuite à Milan pendant la période de la guerre en soutenant les populations durement éprouvées. Lorsque les bombardements de 1943, par l’aviation des forces alliées contre les puissances de « l’Axe », forcèrent la fermeture de la cathédrale, la messe du dimanche fut déplacée dans l’église voisine de San Bernardino alle Ossa, où le cardinal se rendit avec quelques chanoines. Cherchant à établir la paix entre les hommes, d’où sa proposition, exprimée personnellement à Mussolini, de séjourner dans l’archevêché, sous sa protection, en attendant la fin des hostilités, ce qui participait d’une bienveillante sagesse.

Après guerre, fatigué, épuisé par la maladie, le Bienheureux Schuster se retira dans le séminaire de Venegono, où il s’éteignit le 30 août 1954, non sans avoir délivré ces magnifiques paroles aux séminaristes qui l’entouraient dans ce qui fut ses dernières heures en ce monde, et que nous pouvons méditer afin de nourrir notre prière en « souvenir » du bienheureux Ildefonso Schuster :

« Vous voulez un souvenir de moi. Je n’ai pas d’autre souvenir à vous donner qu’une invitation à la sainteté. Les gens semblent vivre inconscients des réalités surnaturelles, indifférents aux problèmes du salut. Mais si un saint authentique, vivant ou mort, passe, tout le monde se précipite vers son passage. Vous souvenez-vous de la foule autour du cercueil de Don Orione ? N’oubliez pas que le diable n’a pas peur de nos terrains de sport et de nos cinémas. Au contraire, il a peur de notre sainteté .»

 

Blason du bienheureux Alfredo Ildefonso Schuster

D’azur, au mont de trois coupeaux, surmonté d’une croix patriarcale

chargée du mot « PAX », le tout d’or (Ordre Bénédictin)

(alias le champ de gueules et le mont d’argent) ;

et d’or, au dextrochère armé d’une épée haute d’argent, mouvant du flanc senestre.

Notes.

[1] « Faute des documents définitifs, la création du rite par saint Ambroise reste encore hypothétique. Il est certain que le futur pape Célestin Ier († 432) s’aperçut que saint Ambroise faisait chanter son hymne Veni Redemptor gentium à ses fidèles, lors de son séjour à Milan. Au regard du propre de la messe, cela reste incertain. D’ailleurs, il est encore possible, car il serait le premier pape qui ait établi le rite romain, vraisemblablement inspiré par Ambroise. Encore faut-il retrouver des justificatifs dans les archives, pour tous les deux rites. » (Dom Daniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 81 et 108, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003)

[2] Un cantique du bienheureux Ildefonso Schuster, est lié désormais au rite de l’Église de Milan, comme le rapporte le chef de chœur du Duomo : « Quelques jours après son entrée, j’avais en main un papier écrit à la main sur lequel était en pleine notation ambrosienne le chant de l’oraison « Deus qui nobis» , qui est chanté à la bénédiction du Saint-Sacrement. »

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