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La nécessité de la conversion

10 juin 2021

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« J’ai prêché la repentance envers Dieu

et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. »

(Actes XX, 21)

La parole de Dieu, au troisième chapitre de l’Evangile de Jean, est solennelle : «Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu» (Jean III, 3). Cette affirmation rigoureuse détruit à leur racine toutes les prétentions, les ambitions orgueilleuses et la propre justice de l’homme.

En effet, l’homme, depuis la chute, est concrètement soumis à Satan, ses désirs, sa volonté, et, hélas ! jusqu’à ses vertus sont l’otages des forces négatives. Le Christ est donc venu pour nous libérer de ces puissances nocives, non pas pour célébrer la gloire de l’homme et le triomphe de l’humanité, mais pour nous demander de retrouver le chemin d’une juste position de piété à l’égard de Dieu.

I. L’indispensable repentance

Ceci explique pourquoi le premier message de l’Évangile, annoncé par Jean-Baptiste et prêché par Jésus lui-même, est : « Repentez-vous, et croyez ! » (Matthieu III, 2-11). La repentance est à la base du message de l’Évangile. L’apôtre Paul écrit d’ailleurs : « J’ai prêché la repentance envers Dieu et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. » (Actes XX, 21) Et la première prédication de l’apôtre Pierre se conclut par : « Repentez vous ! »

Ainsi, « Repentez-vous » est l’exclamation que l’on entend dans toute la Bible, lorsque Dieu appelle les hommes à prendre conscience de leurs péchés et à revenir vers Lui, mais les hommes, malgré l’appel de Dieu et sa patience, refusèrent de reconnaître les causes de leurs malheurs et ne voulurent jamais se repentir, au nom de leurs prétendus « Droits » à présent érigés en dogme.

« La Révolution dira :  Je suis la haine de tout ordre religieux… »

Dès lors on comprend mieux pourquoi le credo de l’idéologie révolutionnaire s’appuie, en tous ses fondements, sur les Droits de l’homme, sachant comme le souligne Mgr Gaume :

« Si, arrachant le masque à la Révolution, vous lui demandez : Qui es-tu ? elle vous dira : … Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu… » [1].

II. La situation tragique de l’humanité

  Dieu, dès le commencement des temps, avait prévenu que le péché entraînerait, selon une juste sanction, inévitablement et irrémédiablement, la mort. Une mort et une séparation, une mise à l’écart, un retranchement de la communion et de la grâce, une rigoureuse réprobation qui furent annoncés, fermement, à chacune des étapes de l’Histoire de la « Révélation » divine.  Adam, en effet, lors de son installation au sein du jardin d’Eden, avait été solennellement averti par Dieu que s’il n’était pas fidèle à ses commandements, qui lui faisaient, entre autres, interdiction de s’approcher de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, il recevrait, inexorablement, la mort comme châtiment : « …au jour que tu en mangeras, tu mourras certainement. » (Genèse, II, 17.) C’est pourquoi sera clairement énoncé, par l’apôtre des Gentils, d’une manière qui n’autorise aucune ambiguïté :

« Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé à tous les hommes, en ce que tous ont péché… » (Romains,  V, 12.)

La mort représente donc, concrètement, l’état de dégradation morale, d’entière corruption, de faiblesse et d’extrême culpabilité des hommes ; nous sommes « morts dans nos fautes et dans nos péchés » (Ephésiens, II, 1), frappés d’indignité et réprouvés selon la chair. La sentence de notre désobéissance nous la portons, de génération en génération, dans notre pauvre chair destinée à la maladie, à la décrépitude puis à la tombe.

La mort représente l’état de dégradation morale,

d’entière corruption, de faiblesse

et d’extrême culpabilité des hommes.

Si nous acceptons donc, honnêtement, de regarder ce qui en nous mérite la sentence d’un crime s’accomplissant de nouveau dans le moindre de nos gestes, reproduit en chacune de nos pensées, réactualisé par la plus infime de nos actions, puisque nous sommes totalement traversés, en tant que fils d’Adam, par le péché, entièrement marqués par la perversion, alors peut, éventuellement, s’expliquer à nos yeux endormis, le sens de la dure rançon que nous devons payer à cause de la faute de notre premier parent selon la chair et, par cette compréhension retrouvée, voir s’ouvrir les portes de la Rédemption espérée. Cependant, afin que ce réveil puisse s’accomplir, encore faut-il que la pénible dégradation, que nous évoquons, dont la mort est le signe le plus frappant, ne soit pas masquée par des doctrines trompeuses et inexactes, écartée par la stupide négation, oubliée par l’effet du puéril divertissement

III. Le rejet de la sagesse chrétienne

  Or, la pensée des Lumières, rompant avec l’attitude traditionnelle qui, depuis toujours, regardait la finitude de l’homme comme une terrible souffrance, une limitation insupportable et tragique, appréhenda la mort comme un phénomène naturel devant être accepté impassiblement. C’est sans doute en France que s’exprimeront les thèses les plus marquées touchant à ce sujet ; on trouve d’ailleurs des pages singulières sous la plume du très matérialiste baron d’Holbach (1723-1789), en particulier dans son Système de la nature (1770), où il se fera le chantre d’un monde dégagé de toute référence transcendante, ainsi que chez La Mettrie (1709-1751), dont L’Homme-Machine (1747) est l’expression d’un radical mécanicisme athée, de même que chez Helvétius (1715-1771) et Denis Diderot (1713-1784).

Masque mortuaire de l’apostat Jean Meslier

Mais, dans ce registre, il conviendrait de surtout citer le peu connu Jean Meslier (1664-1729), prêtre apostat en l’honneur duquel la Convention désira, le 27 brumaire an II, ériger une statue dans le Temple de la Raison pour avoir « abjuré les erreurs religieuses » ; étrange ecclésiastique qui souhaita que « tous les grands de la terre et tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux des prêtres », ancien curé d’Etrépigny qui secrètement, dans ses Pensées, exprimera un violent rejet de toutes les croyances, et plus particulièrement du christianisme, affirmant : « Il n’y a plus aucun bien à espérer, ni aucun mal à craindre après la mort (…) la mort met fin à toute connaissance et à tout sentiment de bien et de mal. »

D’une certaine manière, Jean Meslier prépara la voie au très sulfureux marquis de Sade (1740-1814), qui fut, incontestablement, celui qui poussa dans leurs ultimes conséquences les thèses du matérialisme athée, et qui, par delà des blasphèmes et une rage anti-religieuse qui n’ont encore trouvé, jusqu’à nos jours, aucun équivalent (La Vérité, De l’Enfer, De la Bible et de l’Evangile, Discours de Dolmancé), se distingue par sa célébration de la nature et du néant, dont son Discours entre un prêtre et un moribond, nous fournit un emblématique exemple : « Le néant ; jamais il ne m’a effrayé, et je n’y vois rien que de consolant et de simple (…) D’ailleurs il n’est ni affreux ni absolu, ce néant. N’ai-je pas sous les yeux l’exemple des générations et régénérations perpétuelles de la nature ? Rien ne périt, mon ami, rien ne se détruit dans le monde ; aujourd’hui homme, demain ver, après-demain mouche, n’est-ce pas toujours exister ? » [2] Et c’est cette doctrine perverse, éminemment anti-chrétienne, dont héritèrent les dogmes républicains que sont le laïcisme et l’athéisme.

IV. Lumière de la foi

Pourtant le fils réprouvé de Dieu, s’il parvient à se libérer des doctrines perverses, dès l’instant qu’il aura changé sa révolte en amour, sa fureur en demande de pardon,  porté par un vrai désir, animé d’une sainte volonté, pourra enfin contempler, en pleurs, l’état repoussant de son âme ; à genoux devant l’autel où se consume le feu des essentielles purifications, où s’élève l’encens de sa prière, il prendra conscience qu’il fut, heureusement et pour sa Rédemption, éloigné des saints domaines de par la perversion de son esprit, frappé d’une juste mort.

La Création, dans son ensemble et son étendue, ayant été soumise à la « servitude de la corruption » (Romains, VIII, 21), c’est par un sacrifice d’agréable odeur, une mise en abîme de nos certitudes, une juste reconnaissance de notre abominable état, une profonde tristesse de ne point pouvoir vivre dans la communion de l’amour divin, que nos facultés sont susceptibles de recevoir la salutaire rosée céleste qui les lavera du pesant remords et du sentiment de réprobation, et qui, par une surabondante grâce, les ressuscitera en les relevant de la tombe où elles furent jetées.

Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840)

Les penseurs traditionalistes  ont montré qu’une Révélation est nécessaire pour que l’homme puisse connaître Dieu, principalement Joseph de Maistre (1753-1821) et Louis de Bonald (1754-1840) en réaction contre les « philosophes » de la Révolution française qui avaient exalté la raison humaine. Si il existe évidemment des preuves formelles de Dieu, il s’agit, dans l’acte de conversion,  du moyen de mettre cette grande vérité en œuvre et d’en tirer toutes les conséquences. Louis de Bonald soutiendra  qu’il est « nécessaire de commencer par dire je crois », je crois que je ne puis rien, que je suis faible, misérable, mortel, malade, incapable d’accéder à la Vérité.

Et cette attitude est libératrice car elle nous éloigne du péché.

Conclusion : vivre en Jésus-Christ en mourant au péché !

 Il est mort après avoir porté le jugement à notre place

pour en finir à jamais avec le péché. 

Dieu a pardonné nos péchés, mais il ne pardonne jamais le péché, principe de mal. La mort sera donc le seul moyen pour que nous en soyons délivrés (Romains VIII, 3). S’il est «réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement», Jésus-Christ, en contraste, a subi le jugement avant de mourir parce qu’il l’a fait volontairement, pour nous, lui qui était sans péché mais qui a été fait péché pour nous.

Il est mort après avoir porté le jugement à notre place pour en finir à jamais avec le péché :  Le péché est ôté en entier, il est ôté avec la vie à laquelle il fut attaché. La mort de Jésus-Christ a mis fin, pour la foi, à l’existence du vieil homme, de la chair, du premier Adam, vie dans laquelle nous étions responsables devant Dieu, et dans laquelle Jésus-Christ, en grâce, s’est placé pour nous :

«Ce qui était impossible à la loi, en ce qu’elle était faible par la chair, Dieu, ayant envoyé son propre Fils, en ressemblance de chair de péché, et pour le péché, a condamné le péché dans la chair» (Romains VIII, 3).

Dorénavant, Jésus-Christ étant mort, nous sommes judiciairement morts avec lui, morts au péché. Il en résulte que nous sommes appelés à marcher maintenant comme d’entre les morts étant faits vivants, que la mort physique de nos corps n’est plus nécessaire ; ceux qui seront vivants à sa venue seront changés sans passer par la mort.

 

Notes.

1. Mgr Gaume, La Révolution, recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe, tome I, page 46.

2. Sade, Discours contre Dieu, textes réunis par G. Lely, Union Générale d’Edition, 10/18, 1979, p. 51.

Pentecôte : la descente de l’Esprit Saint !

23 mai 2021

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El Greco, La Pentecôte, (1596-1600) ;  

Museo del Prado, Madrid.

La Pentecôte est l’une des principales fêtes chrétiennes avec Noël, qui commémore la naissance du Christ, et Pâques (sa résurrection). Le mot vient du grec pentêkosté qui signifie cinquantième. Cette fête rappelle en effet un événement qui a eu lieu le cinquantième jour après Pâques. Les premiers disciples reçurent l’Esprit Saint dans le Cénacle de Jérusalem, cinquante jours après la Résurrection, dix jours après l’Ascension de Jésus : des langues de feu se posèrent sur chacun d’eux (voir Actes des Apôtres, Ac 2,2-3).

Jésus l’avait annoncé lors de la dernière Cène qui eut lieu la veille de sa Passion (le Banquet Pascal est commémoré le jour dit du Jeudi Saint). Selon l’évangile selon saint Jean, dans le Discours de la Cène (chapitre 14, v. 15 à 31 : l’Esprit Saint que le Père enverra), (Jn, 15, 16), Jésus annonce qu’il va envoyer l’Esprit Saint, qu’il appelle le « Paraclet » (le Défenseur) : « Je vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.

A noter que le lundi de Pentecôte a lieu cinquante jours après le dimanche de Pâques. Le lundi de Pentecôte, comme le lundi de Pâques, n’a pas de signification en rapport avec la Bible. Cependant en France, avant la Révolution, la semaine qui suivait la Pentecôte (octave de la Pentecôte) était fériée. Le très coupable Concordat de 1801, qui fit suite à la Révolution, a réduit le caractère férié au seul Lundi de la Pentecôte. Jusqu’au concile moderniste Vatican II, le lundi de Pentecôte était une « fête d’obligation » au cours de laquelle l’Église catholique s’adressait aux nouveaux baptisés et confirmés. Depuis cette date, hélas ! le lundi de Pentecôte n’est plus solennisé, ceci n’empêche que ce jour appartient par tradition et par essence, à la fête de Pentecôte.

A propos du tableau : La « Pentecôte » du Greco, avec le « Baptême du Christ », la « Mise en croix », la « Résurrection »  (œuvre de la dernière époque), participe de quatre vastes tableaux peuplés apocalyptiquement de grandes figures qui, dans les mystérieuses franges des nuages lumineux, dans la couleur splendidement corrompue, enfin dans les langues de feu elles-mêmes,  montre les corps sous l’aspect angélique qu’ils prendront bientôt au Ciel.

La Gnose au nom menteur !

27 avril 2021

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«La Gnose incarne l’hérésie protéiforme et éternelle

qui traverse les siècles 

et véhicule la pensée ténébreuse de la Contre-Eglise. »

 

Aborder la question de la « Gnose », en écho à nos précédents articles portant sur les poisons violents que sont l’ésotérisme, l’occultisme ou la franc-maçonnerie, c’est, incontestablement, aborder un concept central placé au cœur d’un débat qui défraya le milieu traditionaliste ces dernières années, milieu qui se divisa profondément en deux camps irréductibles qui n’ont d’ailleurs, depuis, pas varié quant à leurs positions respectives.

Il convenait donc que nous nous exprimions, d’autant que La Question – dont le sens de son combat se définit clairement comme étant une œuvre de défense de la doctrine, hélas fort oubliée, de la théocratie et du droit divin pontifical , a évidemment une position déterminée sur ce sujet et ne cherche pas à dissimuler ses analyses, acquises de longue date, qui pour nous se résument à ceci : toutes les luttes spirituelles qui se déroulent en ce monde depuis l’origine, sont une forme, en permanence actualisée, de la lutte éternelle engagée depuis la chute des anges dans le Ciel entre les « deux cités ».

I. Les deux postérités antagonistes

Posons tout d’abord un point essentiel afin d’aborder notre sujet, car si nous voulons bien comprendre le problème de la « gnose », il convient, en premier de lieu, de faire appel à une notion centrale qui permet de situer l’enjeu du problème : la Tradition. En effet, c’est à partir de cette notion, et uniquement à partir d’elle, qu’il est possible de savoir si l’Histoire est ou non traversée par un projet ténébreux antagoniste au projet divin, ces deux projets participant d’un combat de nature surnaturelle ?

La postérité de la femme c’est le Christ

et la postérité du serpent, c’est l’Antéchrist !

Dans ce qu’on l’appelle le « Protévangile », pièce maîtresse de la Tradition primitive, Dieu s’adressa au serpent après l’épisode de la tentation originelle en ces termes : «Je mettrai des inimitiés (au pluriel dans le texte : inimicitias) entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; elle te brisera la tête et tu la mordras au talon.» (Genèse, III, 15). Aujourd’hui, cette prophétie s’est réalisée en partie ; nous savons, par l’expérience et le témoignage des Pères de l’Eglise, que la postérité de la femme c’est le Christ et nous en déduisons que la postérité du serpent, c’est l’Antéchrist.

Dans les temps anciens, cette prophétie alimenta beaucoup les méditations des hommes qui « marchaient avec Dieu », parce qu’elle résumait l’histoire du monde ; beaucoup d’exégètes disaient que cette prophétie avait été donnée par Dieu pour soutenir l’espérance des premiers hommes, car elle formule l’espérance de la Rédemption. Les hommes justes espéraient dans brisement de tête, et redoutaient cette morsure au talon.

II. Division en deux formes distinctes de la Tradition

De ce fait, à la source de l’Histoire, il y a bien placées et définies par l’Ecriture Sainte, deux postérités qui représentent deux cités, deux camps, pour tout dire deux traditions. Pourtant si les deux traditions portent le même nom mais elles n’ont pas le même contenu. Il faut donc discerner, entre les deux, laquelle contient véritablement la Tradition primitive et laquelle est un rameau dévié.

   La Tradition première, qui contenait oralement toute la Révélation, a été l’objet de très graves altérations au cours des temps. Il s’y est mêlé des traditions profanes, non révélées par conséquent, lesquelles ont fini par envahir, étouffer et effacer toute trace de vraie Tradition, c’est-à-dire de la vraie Révélation divine. Et l’Histoire dela Religion sur la terre, jusqu’à Abraham, n’est autre chose que celle des altérations successives dela Tradition primitive, altérations qui produisirent les cultes païens, les sectes, les idoles, les courants déviants, les religions adorant de faux dieux à qui étaient offerts des encens et des sacrifices impurs.

A ceci correspond une conséquence : s’il est au monde, aujourd’hui, une religion capable précisément de parler de la Tradition originelle divine non souillée et d’en présenter le contenu, c’est le christianisme. Il n’y en a pas d’autres. Lorsqu’un ésotériste contemporain comme René Guénon (1886-1951) dit : «Le christianisme a oublié la Tradition, c’est l’Inde qui l’a conservée», il se trompe [1]. C’est exactement le contraire car toutes les religions païennes (et pas seulement l’hindouisme), ont quitté la ligne droite des jalons traditionnels avant Abraham et avant l’Ecriture. Elles ne possèdent donc, de la Tradition, que la version babélienne dont, justement, Dieu écarta la descendance et les fruits impies.

III. Altération de la Tradition

 

Toutes les religions païennes

ne possèdent de la Tradition,

que la version babélienne dont Dieu n’a pas voulu.

Le corollaire obligé de la confusion et de la dispersion après l’épisode de la tour de Babel, c’est la vocation d’Abraham. Il n’y a plus d’autre moyen pour Dieu, afin de perpétuer la Vraie Religion, que de constituer un « peuple-citadelle » qui en soit le gardien. Mais de quoi ce peuple serait-il le gardien, s’il n’y a plus rien à garder ? Or, l’apostasie était générale et irréversible, il n’y avait plus rien à garder. Il fallait donc que Dieu reconstitue, en même temps,la Tradition première (ou sacerdotale primitive) ; il fallait procéder à une nouvelle Révélation qui serait évidemment la répétition de la première, il fallait tout refaire de rien.

Ainsi, patiemment Dieu, de nouveau, se révéla à Abraham, Isaac et Jacob, en vue de reconstituer la Traditionperdue. C’est donc Moïse, après l’élection d’Abraham, qui fut chargé de recueillirla Révélation nouvelle par laquelle Dieu reconstituait la Tradition primitive oubliée. Mais, cette fois,la Révélation fut consignée par écrit : l’Ecriture Sainte.

En même temps, une organisation sacerdotale fut créée, qui veillera entre autres fonctions, à la conservation littérale de l’Ecriture. Et les générations futures n’auront qu’à se louer de la rigueur avec laquelle cette conservation sera réalisée. Nous connaissons donc aujourd’hui la Tradition Patriarcale, non pas directement et oralement, mais par l’Ecriture.

Comment savons-nous ce que Dieu a dit à Adam, puis à Noé ? Ce n’est certes pas par la Tradition puisqu’elle a été altérée et même oubliée. C’est pas l’Ecriture. Ceux donc qui n’adhèrent pas à l’Ecriture, comme c’est le cas des hindous, bouddhistes, taoïstes, polythéistes, etc., ne connaissent de la Tradition que ce qui en subsistait à Babel, c’est-à-dire la partie profane, cosmologique et récente ; la partie qui est sans valeur pour le Salut ; c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ignorent le Salut et qu’ils le remplacent par la « délivrance », terminologie si prisée par René Guénon et l’ésotérisme.

Dès l’origine il y a deux « traditions », deux cultes,

ce qui signifie deux religions.

Dès l’origine il y a donc, non pas une Tradition, mais deux « traditions », deux cultes, ce qui signifie deux religions, l’une naturelle reposant uniquement sur l’homme, l’autre surnaturelle plaçant toutes ses espérances en Dieu seul et en sa Divine Providence. La suite des événements n’aura de cesse de confirmer ce constant antagonisme, cette rivalité et séparation entre deux « voies » dissemblables que tout va en permanence opposer, les rendant rigoureusement étrangères et inconciliables.

Il n’est pas indifférent de relever l’analyse pertinente de saint Augustin (324-385) au sujet de ces « deux postérités » engendrant deux traditions et donc « deux Cités » absolument irréconciliables et antagonistes, deux « Cités » que tout oppose et sépare, fondées sur des principes radicalement divergents, travaillant à des objectifs totalement contraires, poursuivant des buts à tous égards dissemblables [2]

IV. La « Gnose » au nom menteur

Qu’elle est la conséquence de cette division fondatrice ?

Elle s’impose aisément : S’il y a deux cités, deux postérités et deux traditions, il y a donc deux mystiques, deux cultes, deux « connaissances » !

 Et comment se dénomme en grec la connaissance ? « Gnosis » (γνώσις), en français « Gnose ». Il ya donc, en effet, deux gnoses, l’une authentique l’autre mensongère, et c’est cette dernière que saint Irénée de Lyon (IIe s.) qualifia de « gnose au nom menteur »  dans son ouvrage fondamentalAdversus haereses (Contre les hérésies).

Face aux hérétiques saint Irénée insistera avec force sur l’Écriture et la Tradition : l’Église est une Tradition (traditio = transmission), une lignée sainte, une postérité divine. L’hérésie est la postérité du serpent, une postérité protéiforme, multiple, possédant d’innombrables visages et ayant eu différents noms des origines jusqu’à nos jours dans les erreurs contemporaines que sont le panthéisme, le naturalisme ou le modernisme condamnées par l’Eglise, erreurs qui sont les ultime expressions d’un même courant.

L’abbé Julio Meinvielle (1905-1973) écrivait donc avec pertinence :

« Dans toute l’histoire humaine,

la pensée et la vie n’ont que deux formes fondamentales :

la catholique et la gnostique ».

(Abbé Julio Meinvielle De la Cabale au progressisme p. 357).

E. Couvert, J. Vaquié et l’équipe des Cahiers Augustin Barruel, qui font l’objet de tant d’injustes reproches, ont-ils inventé, forgé, créé, sous forme d’un mythe, historiquement faux et intellectuellement absurde, le concept de « gnose universelle » entendu comme expression doctrinale de la postérité du serpent traversant les temps, les âges et les périodes de l’Histoire ?

La réponse s’impose d’elle-même : évidemment non ! [3]

V. La gnose du modernisme

Les ennemis de l’Eglise et les hérésies, nourris par le poison de la gnose antique, attaquent toutes les institutions, matérielles et spirituelles : dogme, hiérarchie, sacrements, implantation territoriale, tout ce qui incarne la réalité de la présence de la société spirituelle fondée par Jésus-Christ.

La Tradition que protège l’Eglise est, de ce fait, l’objet d’attaques particulières animées par une féroce hostilité.

  Les modernistes, perfidement, faussement catholiques, défendent une tradition mouvante, évolutive, changeante, alors que du point de vue dogmatique, la Tradition ne possède pas de véritable variabilité, car le changement ne peut avoir lieu que dans le sens de l’enrichissement : un enrichissement c’est-à-dire un processus qui ne comporte par d’éliminations. Quand une notion aura été une fois réputée traditionnelle par les autorités de droit avec les preuves d’apostolicité qui s’imposent, personne ne lui retirera plus jamais sa « traditionnalité ». Il s’agit donc d’un épanouissement de la même nature que celui du dogme avec lequel d’ailleurs il chevauche. Il n’y a pas d’épanouissement sans stabilité. Certains, qualifient donc la Tradition de « vivante », la soumettant à un processus naturel vital, c’est-à-dire à une alternance d’assimilations et d’éliminations, les unes provoquant les autres, tolérant d’elle qu’elle se débarrasse périodiquement d’un certain nombre d’éléments qui « ont fait leur temps » et qui seront remplacés par les nouveaux [4].

Voilà la Tradition, selon les modernistes, devenue évolutive et le tour est joué. Il ne s’agira plus d’un épanouissement mais d’un tourbillon !

Redisons avec  force, que la Tradition des Apôtres forme, avec celle des Patriarches, un ensemble homogène qui constitue précisément cette vraie « Tradition » dont l’Eglise est la détentrice.

VI. La gnose du courant « pseudo-traditionnel »

Parallèlement à ce courant novateur  moderniste profondément hétérodoxe qui triompha lors de Vatican II, il s’est créé un autre courant que l’on devrait appeler« pseudo-traditionnel » et qui en diffère, évidemment, dans son contenu et dans son mode de constitution. Le contenu de la « pseudo-tradition » n’est pas homogène ; on y trouve des vestiges déformés de la Révélation divine, comme par exemple des conceptions panthéistes. On y trouve des élucubrations humanitaires comme celles de la Tourde Babel. Et l’on y trouve des produits de la fausse mystique, c’est-à-dire de la mystique démoniaque qui est la source de la mythologie polythéiste.

La « tradition ésotérique » est sans fondement pour l’Eglise

qui est gardienne d’une Tradition antagoniste.

Bref, cette pseudo-tradition véhicule, mêlées ensemble, toutes les productions de la religiosité naturelle qui se pare du nom « d’ésotérisme », et qui n’est en réalité qu’un des visages modernes de la gnose.

De son mode de constitution, on peut dire que la pseudo-tradition est dans son droit quand elle prétend à la même ancienneté que la Vraie. Elles ont toutes les deux le même point de départ qui est le jugement de Dieu sur les sacrifices d’Abel et de Caïn. La pseudo-tradition est aujourd’hui défendue, sous le nom de « tradition ésotérique », par des penseurs qui en font la source commune  fondée pour les religions non-chrétiennes, ceci soutenu y compris par certains auteurs « catholiques » complaisants vis-à-vis de l’ésotérisme et de la franc-maçonnerie, et dont le représentant par excellence fut René Guénon.

« La Gnose, a dit le T. Illustre F. Albert Pike, est l’essence et la moelle de la Franc-Maçonnerie. Ce qu’il faut entendre ici par gnose, c’est la connaissance traditionnelle qui constitue le fonds commun de toutes les initiations, et dont les doctrines et les symboles se sont transmis, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, à travers les Fraternités secrètes dont la longue chaîne n’a jamais été interrompueOccultistes, Gnostiques, Théosophes, Kabbalistes, Martinistes et Rose-Croix se donnent la main. En étudiant plus à fond ces systèmes, on découvrirait probablement qu’ils dérivent d’une même source première, la Kabbale, et que le Juif est leur commun inspirateur (…),  la Kabbale théorique nous ramène à l’occultisme, à la théosophie et à la Gnose qui en sont probablement des dérivés.» (Abbé E. Barbier, Les infiltrations maçonniques dans l’Eglise, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, 1910, pp. 110 ; 112).

Mais cette « tradition ésotérique » est sans fondement pour l’Eglise, laquelle est gardienne d’une Tradition essentiellement antagoniste de celle-là. C’est même un des traits particuliers de l’Eglise, à toutes les époques, que d’avoir été maintenue séparée de la souche commune des fausses religions.

VII. La fallacieuse idée de l’évolution de la Tradition

S’il était absolument nécessaire de rappeler ces définitions, c’est que nous assistons à une manœuvre de grande ampleur qui tend à dénaturer et à transformer la vraie Tradition, en lui faisant perdre sa rigueur et en la rendant évolutive afin d’y introduire des éléments notionnels hétérodoxes. Or la Vérité ne change pas, son expression, les modes de sa formulation peuvent sensiblement varier avec les époques, mais rien, absolument rien ne peut être modifié de l’essence sacrée et éternelle du saint et vénérable dépôt de la Foi, c’est pourquoi le Saint-Office le 3 juillet 1907, par le Décret Lamentabili, réprouva et condamna comme erronée, fallacieuse et hérétique la proposition : « La vérité n’est pas plus immuable que l’homme, elle évolue avec lui, en lui et par lui. » [5]

L’Encyclique Pascendi dominici gregis parut deux mois plus tard, le 8 septembre 1907 ; elle condamnait le modernisme comme le renouvellement de nombreuses hérésies. Elle repoussait sa conception de l’expérience religieuse substituée à ces preuves, conception dans laquelle se confondent l’ordre de la nature et celui de la grâce.

« Toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine,

à la doctrine de l’Église Catholique, sont condamnées.»

– Pie IX –

De ce fait, souvenons-nous de ce qu’écrivait avec tant de justesse le pape Pie IX dans l’encyclique Quanta cura, déclarant en préambule, alors que les pernicieuses idées révolutionnaire menaçaient la Tradition de l’Eglise, en attaquant ses fondements, niant son authenticité et lançant les pires attaques à son encontre soutenant le caractère évolutif et progressif des dogmes et de la Foi :

« Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu de plus à cœur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l’Église Catholique, à l’honnêteté des mœurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la Cité. C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption : ébranler les fondements de la religion catholique […] corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts. » (Quanta cura, Lettre encyclique de sa sainteté le Pape Pie IX, 8 décembre 1864)

Conclusion

Ceci explique pourquoi, alors que l’objet de la foi catholique s’appuie uniquement sur le dépôt contenu dans l’Ecriture et la Tradition confiée à l’interprétation de la Sainte Eglise, c’est positivement le péché des insoumis, c’est-à-dire l’orgueil, rejetant volontairement Dieu parce qu’ils ne veulent pas de maître [6], que reproduisent les gnostiques, les ésotéristes et les francs-maçons qui, par leur stupide attitude, s’identifient au péché de Lucifer en voulant être autonome et refusant de se soumettre à Dieu.

Comme nos premiers parents, qui désirant être comme des dieux voulurent connaître par eux-mêmes le bien et le mal, les hérétiques refusent de s’incliner devant l’autorité du Magistère et l’Eglise établie par Dieu. Nous rejoignons donc ainsi entièrement la thèse des Pères Humbert Cornélis, o.p., docteur en théologie, professeur à l’université de Nimègue et Augustin Léonard, o.p. qui écrivirent un ouvrage essentiel : La Gnose éternelle [7], dans lequel ils affirmaient : « La gnose est de tous les temps elle possède une continuité historique réelle».

« Le genre humain est séparé en deux camps ennemis,

lesquels ne cessent pas de combattre,

l’un pour la vérité, l’autre pour tout ce qui lui est contraire»

– Léon XIII –

Plus que jamais, et notamment dans la période que nous traversons, il convient de maintenir à l’esprit ces lignes de Léon XIII :

« Depuis que, par la jalousie du démon, le genre humain s’est misérablement séparé de Dieu auquel il était redevable de son appel à l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité. Le premier est le royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable Église de Jésus Christ, dont les membres, s’ils veulent lui appartenir du fond du coeur et de manière à opérer le salut, doivent nécessairement servir Dieu et son Fils unique, de toute leur âme, de toute leur volonté. Le second est le royaume de Satan. Sous son empire et en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant les funestes exemples de leur chef et de nos premiers parents, refusent d’obéir à la loi divine et multiplient leurs efforts, ici, pour se passer de Dieu, là pour agir directement contre Dieu.» Léon XIII, Humanum Genus, 20 avril 1884.

« La Gnose est  la doctrine perverse du Corps Mystique de l’Antéchrist !»

Telle est l’identité réelle, quoique cachée, de l’Histoire, soit le combat « en deux camps ennemis, lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité, l’autre pour tout ce qui lui est contraire», la gnose incarnant, pour le camp ténébreux, l’hérésie protéiforme et éternelle qui, traversant les siècles véhicule l’idée d’une glorification de l’homme souhaitant détruire et se substituer à Dieu pour lui ravir sa divinité. C’est le projet luciférien mis en œuvre, « la clé qui permet d’ouvrir les portes hermétiquement closes des “sanctuaires” de la Contre-Eglise », la doctrine perverse du Corps Mystique de l’Antéchrist !

Notes.

1. Pour René Guénon, l’essence de la Tradition primordiale se retrouve de façon privilégiée dans la tradition hindoue qui est détentrice d’une source directe d’une incomparable pureté à l’égard des fondements premiers de la « Science Sacrée » d’origine non-humaine selon-lui, plaçant les autres traditions dans une sorte de situation de dépendance à son égard, comme il le déclare de manière catégorique et stupéfiante en affirmant  :« La situation vraie de l’Occident par rapport à l’Orient n’est, au fond, que celle d’un rameau détaché du tronc .» (R. Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1è partie, chapitre 1.)

2. C’est sans doute dans le livre XV de son ouvragela Cité de Dieu, que saint Augustin, Père et docteur de l’Eglise, développera le plus complètement l’exposé de sa doctrine qui deviendra l’une des colonnes fondatrices de la théologie chrétienne.

3. Nous avons, pour notre part, deux réserves principales à l’égard de la thèse des Cahiers Augustin Barruel et de M. Etienne Couvert :

1°) La première remarque porte sur l’attribution de la kabbale à la formulation historique du gnosticisme des premiers siècles, alors que c’est la gnose des premiers siècles qui provient de la kabbale sur le plan des influences. Etienne Couvert écrit : « La kabbale, forme juive de la gnose. Les Gnostiques se sont efforcés, des les premiers siècles, de pénétrer dans le Judaïsme de la diaspora de manière a amener les rabbins, fidèles a la Révélation de l’Ancien Testament, a renier le vrai Dieu, Yahvé. […]Le résultat de cette pénétration gnostique en Israël fut, au cours du Moyen-Age, l’apparition de la kabbale ou « Tradition ». […]Comme nous le voyons, la kabbale n’est pas autre chose que la Gnose traduite en hébreu. » (E. Couvert, La gnose contre la foi, p. 45). Or, il est évident que les choses sont absolument inverses, comme le précisa Mgr Meurin, soulignant dans La Franc-maçonnerie, synagogue de Satan : « La gnose, c’est du christianisme kabbalisé. » Et en effet, les racines de la kabbale relèvent de la doctrine secrète juive, de la littérature talmudique, de la théurgie divinatoire et des traditions rabbiniques qui véhiculent une théorie panthéiste, immanentiste puissamment luciférienne, qui a inspiré, depuis Simon le magicien, toutes les hérésies et notamment à partir du XVIIIe siècle l’ésotérisme illuministe et maçonnique composé des thèses juives, judaïsantes et hautement kabbalistiques de Jacob Boehme, Martinez de Pasqually ou Swedenborg : « Le Gnosticisme était la Kabbale juive adaptée à une fin spéciale, celle de s’infiltrer dans le christianisme naissant pour le détruire. Écraser l’infâme hérésie du Nazaréen a toujours été le plus ardent et haineux désir des Juifs déchus. Saint Paul, en se défendant contre les Juifs devant le gouverneur Félix, dit : « Je confesse devant vous que, suivant la secte qu’ils appellent hérésie, je sers mon Père et mon Dieu.»  (Actes, XXIV, 14). Comme leurs pères avaient déchiré le corps de Jésus-Christ avec leurs fouets sanglants, ainsi les Juifs des premiers siècles ont taché, par la Gnose, de mettre en lambeaux sa personne et sa nature divines, en les divisant entre ces êtres imaginaires qu’ils ont créés à cette fin et nommés éons masculins et féminins. N’ayant pas réussi du premier coup dans cette oeuvre diabolique, nonobstant l’alliance de leur Synagogue avec l’hérésie, ils persévérèrent avec une ténacité inouïe à attaquer le dogme chrétien en créant toujours de nouvelles sectes, filles de la Kabbale; et ils finirent par associer au venin dissolvant de leur doctrine kabbalistique, la ruse et la violence des passions humaines : ils créèrent la franc-maçonnerie, l’alliance de la Synagogue déchue avec un Ordre déchu de chevalerie religieuse. À la haine de Satan et du Juif se joignit celle de l’Apostat, « Un triple lien se rompt difficilement. » (Eccl. IV, 12 ). L’enfer, la Synagogue et l’Apostasie, ligués ensemble contre le Seigneur et son Christ, voilà l’histoire du monde depuis des siècles et des siècles. » (Mgr Léon Meurin, La Franc-maçonnerie Synagogue de Satan, Victor Retaux et Fils, 1893, p. 122).

2°) Notre seconde réserve concerne Joseph de Maistre (1753-1821), car nous ne pensons pas que la pensée du génie de la contre-révolution, qui conceptualisa de façon exceptionnelle la doctrine de la théocratie pontificale, puisse se réduire à ce qu’en disent des commentateurs Martinistes du XIXe siècle ou des biographes francs-maçons ésotéristes amis des loges, parfois des admirateurs déclarés de René Guénon comme Emile Dermenghem (1892-1971), chez qui sont puisées toutes les sources utilisées par Etienne Couvert dans le texte critique qu’il consacra en 1987 à l’auteur « du Pape » dans les Cahiers Augustin Barruel, auteur foncièrement catholique qui inspira tout de même nombre d’ecclésiastiques ultramontains éminents, et non des moindres (Cardinal Pitra, Dom Guéranger, Mgr Gaume, Mgr Louis Parisis, Mgr Thomas-Marie-Joseph Gousset, Abbé Carret, etc.), et que Pie XII cita dans une allocution  le 16 avril 1949, montrant son respect et la grande révérence qu’il observait à l’égard du comte savoisien. Ainsi lorsqu’on lit : « Joseph de MAISTRE, le premier maître de la pensée contre-révolutionnaire fut un franc-maçon convaincu et passionné presque toute sa vie et il n’a jamais renié son appartenance à la Secte. Cette fréquentation assidue des Loges a laissé dans son esprit une imprégnation gnostique qui transpire à toutes les pages de ses écrits » (Société Augustin Barruel, n° 16, 1987,  p. 30), c’est, selon-nous, aller vraiment beaucoup trop vite en besogne et faire des raccourcis excessivement rapides. Rappelons que Joseph de Maistre, attaché au royaume de Savoie lié au Saint Empire Romain Germanique, n’a eu qu’une appartenance fort brève dans ses jeunes années, de 1774 à la Révolution, au sein d’une organisation superficiellement maçonnique, mais en réalité d’essence chevaleresque et chrétienne en sa structure, connue sous le nom « d’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ». Cet Ordre aristocratique d’origine allemande dit de la « Stricte Observance », qui fut très différent de la franc-maçonnerie républicaine, laïque et antireligieuse qui se développait en France à cette époque, et d’ailleurs la combattait tant dans ses thèses que ses objectifs, s’il put éventuellement influencer Joseph de Maistre, ce n’est sans doute pas pour lui avoir transmis la haine du trône et de l’autel. Quant à lui faire reproche – comme aux autres penseurs contre-révolutionnaires partisans de la théocratie pontificale que sont Louis de Bonald (1754-1840) et Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880) – de n’être que faiblement thomiste, ce qui fut le cas, il convient de se remémorer que l’on était encore loin en ce début du XIXe siècle lorsque Maistre écrivait, des dispositions de Léon XIII dans l’Encyclique Æterni Patris (1879) et du Motu proprio du 29 Juin 1914 de saint Pie X prescrivant que dans tous les cours de philosophie seraient enseignés les principia et pronuntiatà maiora doctrinae S. Thomaen, de même que de la promulgation par Benoît XV en 1917 du Code de droit canonique exposant can. 1366, § 2 c : « Philo-sophiae rationalis ac theologiae studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores omnino pertractent ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant ». La méthode, les principes et la doctrine de saint Thomas doivent être religieusement suivis. Parmi les sources qu’il indique, le Code signale le décret de la S. Congrégation approuvant les XXIV thèses comme pronuntiata maiora doctrinae sancti Thornae. » Quant à critiquer Maistre pour avoir fondé sa philosophie sur certains Pères canonisés par l’Eglise qui inspirèrent les plus grands théologiens : «Ces textes, il les a trouvés dans Saint Clément d’Alexandrie, encore un écrivain ecclésiastique imprégné de Gnose… » (op. cit.,p. 31), autant critiquer saint Thomas pour avoir été admiratif de saint Denys l’aréopagite, qui puisa aux même sources que saint Clément d’Alexandrie (dont Mgr Freppel (1827-1891) exposa la pensée en Sorbonne pendant l’année 1864-1865), au point que le docteur commun recopia des passages entiers de la « Théologie mystique » pour les glisser dans les poches de sa bure monastique ! Rappelons-nous que Joseph de Maistre, qui se fit le chantre et le théoricien de la papauté, eut droit, chose tout à fait exceptionnelle et quasi unique pour un laïc, à des funérailles religieuses à Turin en 1821, et fut inhumé en grandes pompes dans la crypte des Jésuites. Si Pie IX, lors du concile Vatican I en 1870, put proclamer le dogme de l’Infaillibilité Pontificale, il n’est pas interdit de penser que Joseph de Maistre, par son oeuvre et son action, ne fut pas pour rien dans l’acceptation pacifique et bienveillante de l’opinion catholique à l’égard de cette décision : « que les vérités théologiques ne sont que des vérités générales, manifestées et divinisées, dans le cercle religieux, de manière qu’on ne saurait en attaquer une sans attaquer une loi du monde. L’infaillibilité dans l’ordre spirituel, et la souveraineté dans l’ordre temporel, sont deux mots parfaitement synonymes. L’un et l’autre expriment cette haute puissance qui les domine toutes, dont toutes les autres dérivent, qui gouverne et n’est pas gouvernée, qui juge et n’est pas jugée. » (J. de Maistre, Du Pape, 1819).

4. La grande argumentation des hautes instances vaticanes lors du dernier concile, était de poser un principe fallacieux, mais qui semblait qui aller de soi, à savoir que la quintessence de la Tradition, dans l’Église, était d’évoluer et de s’adapter toujours et toujours… sans doute comme les volutes de la fumée dans le vent de l’histoire ! Reconnaissons toutefois, malgré l’état d’esprit moderniste de certains passages contestables, l’excellence de ces lignes de la Constitution Dogmatique Dei Verbum : « La sainte Tradition et la Sainte Ecriture sont reliées et communiquent  étroitement entre elles, car toutes deux jaillissant d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin… La sainte Tradition, porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs… La sainte Tradition et la Sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Eglise. » (Constitution Dogmatique Dei Verbum, § 9,v.10).

5. « Veritas non est immutabilis plus quam ipse homo, quippe quae cum ipso, in ipso et per ipsum evolvitur ». DENZINGER, n° 2058,  Décret Lamentabili, 3 juillet 1907.

6. C’est d’eux que parle le Psalmiste quand il dit : « L’insensé a dit en son cœur : il n’y a pas de Dieu » (Ps. XIII, 1).

7. Pères Humbert Cornéliset Augustin Léonard, La Gnose éternelle,  Librairie Arthème Fayard, 1959.

Lire :

IHS-003

Qu’est-ce que la Tradition ?

Sainte Fête de Pâques !

4 avril 2021


« Voici la porte du Seigneur, c’est par elle que les justes entreront »

Le jour que nous attendions vient de nous apparaître dans tout son éclat: la bienheureuse solennité que nous appelions de nos voeux est enfin arrivée; le Seigneur a comblé nos désirs en nous donnant de célébrer le saint jour de Pâques. Frères bien-aimés, tressaillons de joie dans cette grande solennité, rendons à la divine bonté de vives et sincères actions de grâces, rehaussées par la sainteté de nos moeurs et par la ferveur de notre amour. Aujourd’hui le ciel et la terre se réjouissent; les Anges mêlent leurs cantiques à ceux des hommes, et toute créature raisonnable redit : « Alleluia », c’est-à-dire : louez le Seigneur. Chantons tous ensemble:

« Le Seigneur est grand et au-dessus de toute louange. Le Seigneur est vraiment grand, sa puissance est sans bornes et sa sagesse sans mesure » (Psaumes, CXLVI, 5).

Qui pourrait facilement énumérer, ou dignement expliquer les mystères de ce jour? Le démon vaincu, l’empire de la mort détruit, Jésus-Christ ressuscitant plein de gloire et d’immortalité, la consommation de notre salut, tels sont les grands faits qui marquent à tout jamais la solennité de ce jour. Se peut-il pour nous, mes frères, un plus grand sujet de joie? un bonheur plus complet ? un mystère plus sacré ? un sacrement plus admirable ?

 « C’est bien le jour que le Seigneur a fait; réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse ». C’est le jour de notre renaissance, de notre renouvellement, de notre vivification, de notre rédemption, de notre sanctification, de notre illumination. «Autrefois nous étions ténèbres, aujourd’hui nous sommes lumière dans le Seigneur. » (Ephésiens. V, 8). Autrefois nous étions les captifs du démon, mais aujourd’hui nous confessons et nous disons au Seigneur « que nous avons été rachetés des mains de notre ennemi et rassemblés des régions les plus lointaines. » (Psaumes, CVI, 2).

Ainsi donc, sous le vif éclat d’une telle lumière, dans ce temps de sanctification, « ne dormons pas » du sommeil du péché, mais « veillons » pour toute bonne oeuvre ;  soyons sobres d’esprit et de corps. Marchons comme des enfants de lumière. « Le fruit de toute lumière réside dans la bonté, la justice et la vérité. Mangeons la sainte Pâque , non pas avec l’ancien ferment de « malice et d’iniquité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité ». L’objet pour nous de cette grande solennité spirituelle, c’est le Verbe de Dieu, notre Sauveur, dont il est dit: « Au commencement, Dieu le Verbe était dans le Père, et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu et nous croyons sa gloire ». Il est le Fils unique du Père, et cependant il a daigné nous faire ses cohéritiers. O amour étonnant et ineffable ! Nous qui étions des serviteurs inutiles, nous avons mérité de devenir les frères de Jésus-Christ et ses cohéritiers.

Que rien de charnel, rien d’indigne ne se mêle aux élans de joie que nous inspire la grâce divine. Non-seulement il y aurait de l’indécence, mais encore un crime de trouver dans cette grande solennité l’occasion de se livrer à la sensualité dans les repas et de jeter l’âme dans une sorte de honteuse torpeur. Que nos fêtes soient donc honnêtes, agréables à Dieu, et conformes à cette parole de l’Apôtre: « Que toutes nos oeuvres s’accomplissent honnêtement et selon l’ordre ; soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous fassions toute autre chose, agissons en tout au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Matthieu XXIII, 37).

Les Juifs croient devoir conserver l’observation du sabbat, c’est-à-dire du septième jour; malheureux Juifs, qui ne connaissent pas le jour légitime et ne veulent pas croire que la fin de la loi c’est Jésus-Christ, qui seul a pu accomplir la loi, créer les jours et préposer à toutes les solennités ce jour que nous appelons le jour du Seigneur, parce que c’est dans ce jour que notre Seigneur et notre Sauveur, sortant du tombeau, est apparu au monde comme étant la véritable lumière. Les païens appellent ce jour le jour du soleil, sans comprendre la portée de cette parole; nous, au contraire, nous comprenons que c’est le jour de ce soleil dont il est écrit: « Vous verrez s’élever pour vous le soleil de justice qui porte sur ses ailes notre salut. » (Malachie IV, 2). Personne n’attribue des ailes au soleil visible de la nature; il n’en est pas de même du Soleil véritable, qui a créé celui que nous voyons; seul il porte ces ailes de la puissance et de la protection divine dont il est dit: « Il les a reçus comme l’aigle déployant ses ailes et a protégeant son nid» (Deutéronome XXXII, 2). Nous lisons également dans l’Evangile: « Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j’ai voulu rassembler tes fils, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes  ». Enfin, c’est à ce soleil que le fidèle adresse cette invocation salutaire : « J’espérerai à l’ombre de vos ailes, jusqu’à ce que l’iniquité disparaisse ».

 Nous voyons ouverte devant nous la porte du salut, dont il est dit : « Voici la porte du Seigneur, c’est par elle que les justes entreront » ; entrons donc par la porte de l’Eglise en toute sincérité et vérité, afin que cette porte de la confession et de la louange nous introduise dans le royaume des cieux, où nous jouirons du bonheur éternel. « Nous ne serons pas confondus lorsque nous parlerons dans la porte », c’est-à-dire en Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a dit de lui-même : « Je suis la porte, celui qui entrera par moi sera sauvé ».

C’est par Jésus-Christ que tous les saints sont entrés et entrent chaque jour près du Père de la vie éternelle, à qui, avec le Fils et le Saint-Esprit, soient honneur et gloire dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 Bossuet, Sermon sur la Fête de Pâques.

LA PASSION DU CHRIST !

2 avril 2021

L A + P A S S I O N  + D U  + C H R I S T

Crucifix Janséniste I

« Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte:

‘Eli, Eli, lama sabachthani’

c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

(Matthieu XXVII, 46).

SECOND SERMON
POUR
LE  VENDREDI  SAINT,
SUR LA PASSION
DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Prêché dans le Carême de 1661, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques

Jacques Bégnigne Bossuet (1627-1704)

Jésus-Christ étendant les bras, nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l’ordre des secrets de Dieu, toute l’économie du salut des hommes, la règle fixe et invariable pour former tous nos jugements, la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs, en un mot un mystérieux abrégé de toute la doctrine de l’Evangile et de toute la théologie chrétienne. O croix, que vous donnez de grandes leçons! ô croix, que vous répandez de vives lumières! mais elles sont cachées aux sages du siècle; nul ne vous pénètre qu’il ne vous révère, nul ne VOUS entend qu’il ne vous adore; le degré pour arriver à la connaissance, c’est une vénération religieuse. Je vous la rends de tout mon cœur, ô croix de Jésus, en l’honneur de celui qui vous a consacrée par son supplice, dont le sang, les opprobres et l’ignominie vous rendent digne d’un culte et d’une adoration éternelle. Joignons-nous, âmes saintes, dans cette pensée et disons avec l’Eglise : O Crux, ave !

Si le pontife de l’Ancien Testament, lorsqu’il paraissait devant Dieu, devait porter sur sa poitrine, comme dit le Saint-Esprit dans l’Exode, « la doctrine et la vérité (Exod., XXVIII, 30), » dans des figures mystérieuses, à plus forte raison le Sauveur, qui est la fin de la loi et le Pontife de la nouvelle alliance, ayant toujours imprimées sur sa personne sacrée la doctrine et la vérité, par l’exemple de sa sainte vie et par ses actions irrépréhensibles, les doit porter aujourd’hui d’une manière bien plus efficace dans le sacrifice de la croix, où il se présente à son Père pour commencer véritablement les fonctions de son sacerdoce. Approchons donc avec foi, chrétiens, et contemplons attentivement ce grand spectacle de la croix, pour voir la doctrine et la vérité gravées sur le corps de notre Pontife en autant de caractères qu’il a de blessures, et tirer tous les principes de notre science de sa passion douloureuse.

« Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis,

c’est ce qui consomme la vérité de son sacrifice ;

en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange. »

Mais pour apprendre avec méthode cette science divine, considérons en notre Sauveur ce qu’il a perdu dans sa passion, ce qu’il a acheté, ce qu’il a conquis. Car il a dû y perdre quelque chose, parce que c’était un sacrifice; il a dû y acheter quelque chose, parce que c’était un mystère de rédemption ; il a dû y conquérir quelque chose, parce que c’était un combat. Et pour accomplir ces trois choses, je dis qu’il se perd lui-même, qu’il achète les âmes, qu’il gagne le ciel. Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis, c’est ce qui consomme la vérité de son sacrifice ; en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange, c’est ce qui achève le mystère de la rédemption; mais ces âmes qu’il a rachetées de l’enfer, il les veut placer dans le ciel eu surmontant les oppositions de la justice divine qui les en empêche, et c’est le sujet de son combat. Ainsi vous voyez et) peu de paroles toute l’économie de notre salut dans le mystère de cette journée. Mais qu’apprendrons-nous pour régler nos mœurs dans cet admirable spectacle? Tout ce qui nous est nécessaire pour notre conduite : nous apprendrons à perdre avec joie ce que Jésus-Christ a perdu, c’est-à-dire les biens périssables; à conserver précieusement ce que Jésus-Christ a acheté, vous entendez bien que ce sont nos âmes; à désirer avec ardeur ce que Jésus-Christ nous a conquis par tant de travaux, et je vous ai dit que c’était le ciel.

C’est pourquoi son supplice, quoique très-cruel, est encore beaucoup plus infâme. Sa croix est un mystère de douleurs, mais encore plus d’opprobres et d’ignominies. Aussi l’Apôtre nous dit « qu’il a souffert la croix en méprisant la honte et l’ignominie : » Sustinuit crucem confusione contemptâ (Hebr., XII, 2), et il semble même réduire tout le mystère de sa passion à cette ignominie, lorsqu’il ajoute que Moïse jugea que «l’ignominie de Jésus-Christ étaitun plus grand trésor que toutes les richesses de l’Egypte : » Majores divitias œstimans thesauro Aegyptiorum, improperium Christi (Ibid., XI, 26.). Rien de plus infâme que le supplice de la croix ; mais comme l’infamie en était commune à tous ceux qui étaient à la croix, remarquons principalement cette dérision qui le suit depuis le commencement jusqu’à l’horreur de sa croix.

C’est une chose inouïe que la cruauté et la risée se joignent ensemble dans toute leur force, parce que l’horreur du sang répandu remplit l’âme d’images funestes qui répriment l’emportement de cette joie maligne dont se forme la moquerie, et l’empêche de se produire dans toute son étendue. Mais il ne faut pas s’étonner si le contraire arrive en ce jour, puisque l’enfer vomit son venin, et que les démons sont comme les âmes qui produisent tous les mouvements que nous voyons.

Tous ces esprits rebelles sont nécessairement cruels et Moqueurs : cruels, parce qu’ils sont envieux ; moqueurs, parce qu’ils sont superbes. Car on voit assez, sans que je le dise, que l’exercice, le plaisir de l’envie, c’est la cruauté ; et que le triomphe de l’orgueil, c’est la moquerie. C’est pourquoi en cette journée où règnent les esprits moqueurs et cruels, il se fait un si étrange assemblage de dérision et de cruauté, qu’on ne sait presque laquelle y domine. Et toutefois la risée l’emporte, parce qu’étant l’effet de l’orgueil qui règne dans ces esprits malheureux, au jour de leur puissance et de leur triomphe ils auront voulu donner la première place à leur inclination dominante. Aussi était-ce le dessein de Notre-Seigneur que ce fût un mystère d’ignominie, parce que la dérision et se fait un sujet de risée d’une extrémité déplorable. Mais aujourd’hui l’enfer vomit son venin, et les démons sont les âmes qui produisent… c’était l’honneur du monde qu’il entreprenait à la croix, comme son ennemi capital ; et il est aisé de connaître que c’est la dérision qui prévaut dans l’esprit des Juifs, puisque c’est elle quia inventé la plus grande partie des supplices. J’avoue qu’ils sont cruels et sanguinaires; mais ils se jouent dans leur cruauté, ou plutôt la cruauté est leur jeu.

Il le fallait de la sorte, afin que le Fils de Dieu « fût soûlé d’opprobres, » comme l’avait prédit le prophète (Thren., III, 30); il fallait que le Roi de gloire fût tourné en ridicule de toutes manières, par ce roseau, par cette couronne et par cette pourpre. Il fallait pousser la raillerie jusque sur la croix, insulter à sa misère jusque dans les approches de la mort, enfin inventer pour l’amour de lui une nouvelle espèce de comédie dont la catastrophe fût toute sanglante.

Que si l’ignominie de Notre-Seigneur c’est la principale partie de sa passion, c’est celle par conséquent dont il y a plus d’obligation de se revêtir. Exeamus igitur ad eum extra castra, improperium ejus portantes. Et toutefois, chrétiens, c’est celle qu’on veut toujours retrancher; dans les plus grandes disgrâces on est à demi consolé, quand on peut sauver l’honneur et les apparences. Mais qu’est-ce que cet honneur, sinon une opinion mal fondée ? et cette opinion trompeuse ne s’évanouira-t-elle jamais en fumée, en présence des décisions claires et formelles que prononce Jésus-Christ en croix? Nous sommes convenus, Messieurs, que le Fils de Dieu a pesé les choses dans une juste balance ; mais il n’est plus question de délibérer, nous avons pris sur nous toute cette dérision et tous ces opprobres, nous avons été baptisés dans cette infamie : In morte ipsius baptizati sumus (Rom., VI,  3).

Or sa mort est le mystère d’infamie, nous l’avons dit. Eh quoi! tant d’opprobres, tant d’ignominies, tant d’étranges dérisions, dans lesquelles nous sommes plongés dans le saint baptême, ne seront-elles pas capables d’étouffer en nous ces délicatesses d’honneur! Non, il règne parmi les fidèles ; cette idole s’est érigée sur les débris de toutes les autres, dont la croix a renversé les autels.

Nous lui offrons de l’encens; bien plus, on renouvelle pour l’amour de lui les sacrifices cruels de ces anciennes idoles qu’on ne pouvait contenter que par des victimes humaines ; et les chrétiens sont si malheureux que de chercher encore de vaines couleurs, pour rendre à cette idole trompeuse l’éclat que lui a ravi le sang de Jésus. On invente des raisons plausibles et des prétextes artificieux pour excuser les usurpations de ce tyran, et même pour autoriser jusqu’à ses dernières violences; tant la discipline est corrompue, tant le sentiment de la croix est éteint et aboli parmi nous. Chrétiens, lisons notre livre ; que la croix de notre Sauveur dissipe aujourd’hui ces illusions ; ne sacrifions plus à l’honneur du monde, et ne vendons pas à Satan, pour si peu de chose, nos âmes qui sont rachetées par un si grand prix.

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